SUISSE - Une panne mémorable le 22 juin. De coûteuses intempéries le 22 août. De mauvais résultats dans le transport des marchandises. Un déficit de 166,3 millions. L'année 2005 ne s'inscrit pas en lettres d'or pour les CFF, dont la direction vient de dénoncer la convention collective de travail (CCT) pour fin 2006.
Voilà qui promet une dernière année mouvementée pour Benedikt Weibel - il quittera la tête des CFF à fin décembre. La renégociation de la CTT s'annonce tendue. «Présenter de mauvais résultats arrange la direction vis-à-vis du personnel», critique le président du Syndicat des transports (SEV), Pierre-Alain Gentil, qui ne va pas jusqu'à accuser les CFF de présenter exprès des chiffres rouges afin de pouvoir revoir la CCT à la baisse.
Les raisons des résultats de l'an dernier, qui ont été présentés en détail mardi à Zurich, sont multiples: constitution de provisions pour la restructuration de CFF Cargo (100 millions) et la Caisse de pension (94 millions), hausse des redevances perçues par la Confédération pour l'utilisation du réseau après l'introduction de Rail 2000 (60 millions), dégâts dus aux intempéries (50 millions), résultat négatif de CFF Cargo sur le marché intérieur (56 millions). Sans ces éléments, le résultat aurait pu être légèrement positif, sans atteindre toutefois le niveau de celui de 2004.
La mise en service de Rail 2000 a certes entraîné une hausse de la clientèle, mais l'augmentation des tarifs prélevés par la Confédération en a compensé les bénéfices. Quant à la restructuration de CFF Cargo, Benedikt Weibel en attribue la responsabilité au parlement, qui a décidé de réduire les subventions versées au trafic marchandises.
Pierre-Alain Gentil ne comprend pas pourquoi CFF Cargo affiche des résultats médiocres alors que son concurrent direct, BLS Cargo, semble mieux se porter. Cette concurrence est précisément le cœur de la résiliation de la CCT. «Nos syndicats ont signé avec le BLS, notre concurrent en trafic marchandises, une convention collective plus favorable que la nôtre du point de vue de l'entreprise», se défend Benedikt Weibel.
L'accord passé avec le BLS table sur un horaire hebdomadaire de 41 heures, alors que celui des CFF tourne autour de 40. Benedikt Weibel assure que les CFF n'ont pas l'intention de baisser les salaires, mais il demande «plus de flexibilité en matière de temps de travail et d'indemnités». «Si l'on fait travailler les cheminots 41 heures au lieu de 40 sans les payer davantage, cela équivaut aussi à une baisse de salaire», s'emporte Pierre-Alain Gentil, qui reconnaît, comme Benedikt Weibel, que l'illusion des 39 heures dont on se berçait à la fin des années 90 appartient définitivement au passé.
Pierre-Alain Gentil regrette aussi que les CFF projettent des conventions par branches (par exemple pour les ateliers). Il se demande si ce n'est pas contradictoire avec la volonté, confirmée par le président du conseil d'administration, Thierry Lalive d'Epinay, de maintenir l'entreprise en un seul morceau. «Les prestations extraordinaires du chemin de fer ne sont possibles que grâce à la forme intégrée de l'entreprise. Une séparation de l'infrastructure et du trafic coûterait des milliards», assure-t-il. La négociaton de la CCT portera aussi sur les licenciements. Aujourd'hui, les CFF intègrent les employés qui perdent leur travail dans une bourse de replacement interne ou externe. A l'avenir, ce droit pourrait être limité dans le temps, ce qui équivaudrait aux yeux de Pierre-Alain Gentil à un risque de licenciement différé.
Les pourparlers s'annoncent difficiles. Pour Benedikt Weibel, ce seront les derniers. A ce propos, Thierry Lalive d'Epinay a affiné mardi le portrait de son successeur: chef d'entreprise, si possible suisse, polyglotte, communicateur, connaisseur de la branche. L'oiseau rare devrait être trouvé d'ici à l'été. Il lui appartiendra de décider si l'ouverture du tunnel du Lötschberg à fin 2007 devra s'accompagner d'une hausse de tarifs.

La régie ferroviaire helvêtique affiche un déficit de 166 millions de francs suisses en 2005. La direction demande aujourd'hui de pouvoir flexibiliser le temps de travail et les indemnités du personnel et de s'aligner sur la convention du BLS. Le dernier défit de Benedikt Weibel avant son départ en décembre prochain ?






