SERBIE / KOSOVO - anti_bug_fckPratiquement déserte, la gare de Belacevac à une quinzaine de km au sud-ouest de
Pristina, où sont stationnés les carcasses rouillées d’une cinquantaine de wagons que des pilleurs ont systématiquement vidées, ressemble à l’entrepôt d’un ferrailleur. Depuis la fin de la guerre
de 1998-1999 au Kosovo, le chemin de fer est en effet devenu la cible des voleurs qui démontent les wagons, enlèvent les rails, subtilisent les câbles et les matériels de signalisation. Ils
revendent le tout au marché noir, au poids, à 10 centimes d’euro le kg, s’assurant ainsi un complément de revenu non négligeable, alors qu’au Kosovo, le salaire moyen ne dépasse pas 150 euros par
mois.
« La situation est grave. Si ça continue, aucun train ne pourra plus rouler », Xhevat Ramosaj, directeur de la Société des chemins de fer, en soulignant que les vols sont en augmentation. Le
préjudice subi l’année dernière a été estimé à 740 303 euros et il a dépassé les 90 000 euros au cours des trois premiers mois de l’année, selon des responsables. « Aucune compagnie ne pourrait
survivre à de telles pertes », souligne M. Ramosaj, dont la société emploie 346 personnes sur un réseau de 336 km.
Les Serbes, restés au Kosovo après la guerre, utilisent souvent le train. Ils vivent dans des enclaves protégées par la force de l’OTAN déployée à la fin du conflit et redoutent encore des
représailles de la part de la population albanaise. Pour eux, le train est le moyen le plus sûr de se rendre sans encombre dans le nord de la province, majoritairement serbe, ou en Serbie. Milun
Rajic, 62 ans, de la petite enclave serbe Bresje (à 12 km au sud-ouest de Pristina), prend le train tous les week-ends pour rendre visite à ses enfants, réfugiés en Serbie après la guerre.« Le
train est le moyen de transport le plus sûr parce que la police le contrôle régulièrement. En voiture, je devrais passer par les villages peuplés d’Albanais », explique-t-il. « Si on supprime ce
train, je ne pourrai voir mes enfants qu’une fois par mois », redoute M. Rajic.
La situation économique précaire du Kosovo, où plus de 40 % des 1,8 million d’habitants sont au chômage, explique la multiplication des pillages. « Après avoir vécu selon un code patriarcal, les
gens n’ont pas encore appris à respecter l’autorité de l’État », explique, de son côté, Ramush Mavriqi, professeur de philosophie à l’Université de Pristina. « Pour arrêter les pillages, il
faudrait organiser des campagnes dans les médias, les écoles, les mosquées et les églises pour expliquer aux gens ce qu’est un bien public », estime-t-il. Les responsables du chemin de fer
indiquent de leur côté que sur 51 vols commis depuis le début de l’année, la police n’a découvert les coupables que dans sept cas seulement.
Le Kosovo, province serbe administrée par l’ONU depuis le bombardement de l’OTAN en 1999 pour faire cesser la répression des forces serbes contre les séparatistes albanais, doit obtenir
prochainement un nouveau statut, probablement une indépendance sous surveillance internationale. Les Kosovars albanais qui réclament cette indépendance ont tendance à la considérer comme le
remède à tous leurs problèmes et sont généralement persuadés, malgré les mises en garde de nombreux spécialistes, qu’elle favorisera un « boom » économique. « Quand nous aurons l’indépendance, le
problème des trains sera réglé », affirme à Belacevac Rrahman Rrahmandauti, un retraité de 62 ans.

Fréquemment pillés, les chemins de fer du Kosovo risquent de disparaître alors que le train est pour de nombreux habitants le moyen le plus sûr
de voyager dans la province serbe administrée par l’ONU. Franchement, ce serait dommage de nous priver de ce genre d'antiquité....