ALLEMAGNE - les conducteurs de train
allemands remettent le couvert : de nouveaux débrayages, qui ont commencé ce matin à 02 heures, se font surtout sentir au niveau des trains régionaux en Saxe, Saxe-Anhalt, Thuringe,
Mecklembourg-Poméranie, et dans le Brandebourg, a rapporté Deutsche Bahn. A Berlin et à Hambourg, la circulation des trains de banlieue est aussi réduite. Pour autant, les mesures prises par la
compagnie de chemin de fer permettent d'assurer le passage de S-Bahn toutes les dix à vingt minutes à Berlin, précise-t-elle.
La justice a interdit la grève sur les grandes lignes et au fret. Lancée à l'appel du petit syndicat GDL la grève commence néanmoins à voir son capital de sympathie auprès de la population
s'éroder, tandis que les responsables politiques l'accusent de saper la paix sociale en Allemagne.
Compréhensifs au départ, les Allemands perdent patience à la
veille de cette quatrième mobilisation en un mois. Selon un sondage réalisé pour le compte du magazine Stern, à paraître jeudi, ils sont 45% à soutenir les conducteurs de trains.
Ils étaient encore 55% dans ce cas début octobre, après un premier débrayage de trois heures de GDL, qui revendique des hausses de
salaires substantielles pour les conducteurs et surtout une convention collective distincte de celle des autres salariés.
Le comportement fantasque du patron du syndicat, Manfred Schell,
ne fait rien pour calmer les esprits. La semaine dernière, M. Schell avait abruptement décidé de partir pour trois semaines
en cure de repos, à la veille d'une grève. Au grand dam du tabloïd Bild, qui s'était empressé de publier des photographies du syndicaliste se rendant en jogging à ses séances de remise en forme,
et de persifler sur son train de vie, notamment sa passion pour les belles voitures.
Mais au-delà du problème d'image de son leader, le syndicat GDL suscite désormais l'agacement des responsables politiques de gauche comme de
droite. Le chef du parti social-démocrate allemand (SPD), Kurt Beck, s'est ainsi livré mardi à une attaque en règle de la
mobilisation des conducteurs de train, qui "va semer le chaos si elle fait école."
Une préoccupation partagée au sein du parti néocommuniste Linkspartei, dont le leader Oskar Lafontaine a dit mercredi au Tagesspiegel: "Ce
n'est pas une bonne tendance, lorsque des groupes isolés se détachent du reste des salariés et veulent imposer leurs propres intérêts."
Sans surprise, la droite tire à boulets rouges sur le syndicat:
"J'ai perdu toute espèce de compréhension pour cette organisation", a ainsi dit Lorenz Meyer, porte-parole pour les questions économiques des députés conservateurs. Même le patron de la banque centrale allemande (Bundesbank) a mis son grain de sel: "Nous appelons à la responsabilité des deux parties pour la
stabilité des prix", a dit Axel Weber. Ce qui signifie, dans le jargon des banquiers centraux, qu'il espère un accord salarial modéré pour ne pas nourrir l'inflation.
Si GDL est tant critiqué, c'est toutefois moins pour ses
revendications salariales ambitieuses (jusqu'à 31% de hausse) que pour son obstination à rompre l'unité salariale dans son entreprise. Les conducteurs de train remettent en cause le fonctionnement traditionnel des négociations salariales à l'allemande, qui veut que de grands
syndicats de branche négocient au sommet avec le patronat sur le sort des centaines de milliers de salariés.
Mais ce modèle, qui garantit une paix sociale rarement troublée,
est remis en cause par la fonte du nombre d'adhérents des grands syndicats, au profit d'organisations corporatistes et plus virulentes comme GDL, dont l'équivalent existe déjà par exemple pour
les pilotes d'avions. Alors que les discussions entre GDL et la compagnie Deutsche Bahn sont au point mort, les appels se
multiplient pour une intervention de l'Etat, propriétaire de la société de chemins de fer. Mais le gouvernement d'Angela Merkel reste discret, se retranchant derrière le principe de "l'autonomie
des partenaires sociaux."

La grève des conducteurs de train perturbe à nouveau fortement le trafic régional et de banlieue en Allemagne.
L'est du pays et la capitale, Berlin, sont particulièrement touchés, selon la compagnie de chemin de fer Deutsche Bahn. Mais les allemands commencent à ne plus comprendre les revendications de
GDL. Particulièrement critiqué : l'obstination du petit syndicat à rompre l'unité salariale dans son entreprise.