FRANCE - Après avoir remis à flot la filiale de transport de transport combiné de la SNCF, Naviland Cargo (ex-CNC), Luc Nadal, nommé en juin 2007
directeur général adjoint en charge des entreprises ferroviaires et directeur de Fret SNCF, s' attaque à un chantier bien plus complexe : le redressement de l'activité lotissement, également
appelée "wagon isolé", Cette activité du transport de fret ferroviaire qui consiste à constituer des trains entiers à partir de la collecte, du regroupement et du lotissement de wagons
isolés provenant des embranchements industriels.
Cette activité (l'un des trois métiers du pôle fret, avec le transport combiné et le train complet) a causé, à elle seule, 70% des 234 millions d'euros de pertes enregistrées par Fret SNCF en
2007. A quel horizon le directeur du Fret pense-t-il atteindre l'équilibre ? "La date de 2011 constitue un terme raisonnable ", a-t-il annoncé, ce matin à Paris.
Si le wagon isolé ne représente plus aujourd'hui que 35% des trafics de Fret SNCF, sa flexibilité reste vitale pour les industriels de la chimie, de l'automobile et de la sidérurgie. Sans oublier
les céréaliers et les entreprises de matériaux du BTP (carriers, etc). C'est pourquoi la SNCF a décidé d'investir pour élever cette activité de transport diffus au standard de son principal
concurrent : la messagerie routière. "Notre ambition pour le wagon isolé s'appuie sur des investissements considérables : restructuration du réseau de transport, mise en place d'un système de
pilotage industriel centralisé et dédié au wagon isolé, développement d'un système d'information permettant le suivi en temps réel des wagons, conception d'offres commerciales sur mesure pour
répondre aux besoins spécifiques de chaque client", poursuit Luc Nadal.
Principal objectif de ce nouveau plan de transport : améliorer la fiabilité ! Un critère qui, aux yeux des industriels concernés, prend le pas sur la notion de délais d'acheminement. Le pari
consiste en l'occurrence à porter le taux de fiabilité de 75% à 80% environ actuellement, à 90% au minium. Comment ? Tout d'abord, en articulant l'activité Wagon isolé avec le haut débit
ferroviaire, via un réseau de points de collecte et de hubs, régionaux et nationaux. Ensuite, en augmentant l'offre de service qui est aujourd'hui de 2.500 wagons par jour. Pour desservir les 900
gares touchées par le lotissement Fret SNCF va affecter 90 nouvelles locomotives (coût : 3 millions d'euros l'unité) à son parc existant de 1.500 locomotives (dont 50% électrique).
Pour ce faire, les sommes investies par la SNCF dans la modernisation de l'offre wagon isolé sont à la hauteur de l'enjeu : "270 millions d'euros au total dans le coeur de métier, dont 20
millions sur deux ans pour le nouveau système d'informations. Sur l'infrastructure, Guillaule Pepy s'est engagé à cofinancer avec RFF et/ou l'Etat, à hauteur de 50 millions d'euros, un programme
prioritaire dont les hubs et les plates formes bénéficieront ", a poursuivit Luc Nadal.
Des efforts qui, la direction de Fret SNCF le reconnaît, ne garantissent en rien le succès de l'entreprise. En effet, au-delà de la politique commerciale et des efforts de productivité interne
(polyvalence des métiers, baisse des coûts, productivité du matériel...) ce dernier dépend aussi de plusieurs paris qui ne sont pas du ressort de la SNCF. En premier lieu, le
retour à une meilleure conjoncture pour les industriels-clients. Or, si l'activité a été bonne jusqu'en avril, depuis la demande a ensuite chuté de 7%, ce qui n'augure rien de bon pour
l'exercice 2008.
Ensuite, il faudra que RFF tienne ses engagements en matière de capacité de sillons demandés par fret SNCF. " Si nous rencontrons en 2009 autant de problèmes liés aux travaux sur les voies
qu'en 2006 et 2007, nous aurons des problèmes pour atteindre nos objectifs ", a admis Jean-Claude Larrieu, le responsable du pôle Chimie de Fret SNCF.
Dernier pari enfin, la coopération internationale. En effet, comme 45% des trafics de wagons isolés ont, pour point de départ ou d'arrivée, une gare située hors de l'Hexagone ; le retour à
l'équilibre de l'activité wagon isolé (appelé en interne Swing, pour "système de wagon isolé nouvelle génération) dépendra aussi, en grande partie, des partenaires de Fret SNCF. Or,
ceux-ci sont constitués par les opérateurs ferroviaires dits "historiques" du Benelux, de l'Allemagne etc. (comme la SNCB belge, la Deutsche Bahn allemande), réunis au
sein du projet européen "XRail". Mais nul n'ignore qu'avec son groupe, la DB (qui figure parmi les leaders mondiaux du transport de la logistique) est parfois un partenaire de Fret SNCF
mais surtout, son principal concurrent.

Bien que l'activité Wagon isolé génère 70% des pertes du pôle Fret, la
SNCF modernise son plan de transport. Le redressement visé passe par 270 millions d'euros d'investissements. Un challenge qui repose toutefois sur plusieurs
paris... et l'adhésion de son personnel, cela va de soi.







