
FRANCE - « Recherche traverses de bois usagées pour aménagement de
jardins. » Avec le printemps, des annonces fleurissent sur Internet : C'est le dernier must des amoureux de jardins branchés. Le phénomène n'est pas nouveau, mais il s'amplifie désormais
grâce à la Toile. Et à croire Kalidjata Meite, spécialiste du dossier au sein de l'association Robin des bois, il n'est pas très compliqué de décrocher la traverse de ses rêves. Or, tout ceci ne
serait que simple question de goût et de décoration, si ces barres de bois à l'allure fort écologique qui rythment des milliers de kilomètres de voies ferrées, n'étaient toutes traitées avec une
substance particulièrement toxique : la créosote, que les spécialistes estiment cancérigène.
Ces traverses - qui sont la propriété du réseau ferré de France et dont la maintenance est assurée par la SNCF - suivent officiellement un parcours relativement balisé. Leur
durée de vie moyenne avoisinant les 25 ans, la SNCF est contrainte d'en changer neuf cent mille par an. L'association estime que ce sont 1,3 million de traverses qui se retrouvent sur le
marché chaque année. À raison de 75 à 80 kg la traverse, cela représente au moins cent mille tonnes de bois.
La controverse porte moins sur le nombre de traverses que sur leur destination. « Dix mille tonnes sont cédées à la société Sidénergie qui les transforme en charbon de bois,
explique la SNCF, les autres sont soit réutilisées soit vendues à des entreprises spécialisées qui n'ont le droit de s'en servir ou de les revendre que pour un usage très précis et
réglementé : ouvrage d'art, mur antibruit, pare-avalanche, retenues de terre, glissières de sécurité... ». Mais elles ne sont en aucun cas cédées pour des usages familiers ou
agricoles.
Pas si sûr. Car à en croire Robin des bois, il y a un peu de mou entre la théorie et la pratique. « En fait, il y a parmi leur client des grossistes intermédiaires qui sont
prêts à répondre à toutes les sollicitations », affirme Robin des bois. Dans un rapport cité par l'association, le Centre technique du bois et l'Agence de l'environnement et de la
maîtrise de l'énergie s'inquiètent ensemble de l'utilisation des traverses par les architectes et les paysagistes. « Madame, veuillez trouver ci-dessous notre offre concernant les
traverses de chemin de fer en chêne », peut-on lire également sur le mail renvoyé par l'un de ces grossistes à Kalidjata Meite, avec le prix affiché de 18 euros.
Certes, l'entreprise joint à son envoi la réglementation existante dans laquelle il est expliqué que ces traverses ne peuvent pas être utilisées « pour les terrains de jeux,
dans les parcs, jardins ou autres lieux récréatifs publics situés en plein air en cas de risque de contact avec la peau... » Mais il n'est pas rare que les particuliers ne jettent qu'un
regard distrait sur ce genre de document.
En outre, ce n'est que sur l'insistance de leur cliente que l'entreprise consent à fournir un bordereau de suivi de déchets, pourtant obligatoire. Compte tenu de leur toxicité,
les traverses doivent en effet impérativement être éliminées dans des conditions bien précises, ce que savent bien peu de particuliers qui, au bout d'un temps, peuvent être tentés de les brûler
au fond de leur jardin avec les risques d'émanations toxiques ou de les laisser pourrir avec, dans ce cas, le risque d'infiltration dans le sol.
« On ne favorise pas un marché », se défend l'entreprise qui rappelle que Bruxelles encourage à la réutilisation des matériaux usagés dès lors que les règles sont
respectées. Elle s'inquiète en revanche « de vols importants : plusieurs dizaines de milliers de traverses par an ». Une chose est sûre : la tentative de créer une vraie
filière d'élimination des bois traités a capoté. Cela concernait non seulement les traverses de RFF et de la SNCF, mais aussi les poteaux utilisés par France Télécom qui contiennent non
seulement de la créosote mais également de l'arsenic. Une occasion manquée de faire taire toutes critiques.
Attention, danger ! Rien de plus branché que d'acheter des traverses de bois usagées de RFF pour aménager son jardin.... C'est hype, c'est fun ! seulement
voilà : les acheteurs ignorent souvent que leur traitement rend ces poutres très toxiques...
- "Beuh teuh teuuhhhhh..."
- "Dis tonton, pourquoi tu tousses ?!"
- "J'en sais rien Thomas. Va plutôt jouer dans le jardin..."