ALLEMAGNE - Le petit syndicat GDL des conducteurs de trains, qui réclame des hausses salariales de 31%, a réussi à
paralyser, hier matin, le réseau ferroviaire allemand, mais la spectaculaire action pourrait être une victoire à la Pyrrhus. L'interdiction des grèves d'avertissement par les tribunaux restreint,
en effet, la liberté d'action syndicale. Les ordonnances de référé des tribunaux du travail de Mayence et de Düsseldorf, exhortant les grévistes à cesser l'action, sont, certes, arrivées trop
tard pour empêcher le lancement des débrayages à huit heures du matin, mais les chauffeurs des motrices ont été obligés de s'incliner deux heures plus tard.
Les juges sont d'avis que des grèves d'avertissements touchant le pays entier dépassent les limites. En Allemagne, une grève en bonne et due forme exige la dénonciation préalable du contrat
collectif en vigueur et une consultation de la base syndicale.Dans un pays où les centrales ouvrières respectent scrupuleusement le droit, l'interdiction de nouveaux grands débrayages oblige
pratiquement le syndicat à aller consulter la base pour faire vraiment grève. L'impression prévaut que le syndicat des conducteurs n'osera pas le faire.
Paradoxalement, le grand public a beaucoup de sympathie pour les chauffeurs des motrices mal payés. Le syndicat exige que les salaires bruts pour conducteurs débutants passent de 1900 euros par
mois à 2500 euros, soit une augmentation de près d'un tiers.
La Deutsche Bahn, qui a accordé, mardi, des hausses salariales très appréciables de 4,5% aux 140 000 cheminots (y compris les conducteurs) représentés par les deux syndicats Transnet (salariés)
et GDBA (fonctionnaires), ne veut en aucun cas débourser davantage pour les conducteurs. L'entreprise privatisée, qui prépare son introduction en Bourse de Francfort probablement en 2008, veut
que la convention collective soit valable pour l'intégralité du personnel et refuse un cavalier seul des conducteurs. Ceux-ci veulent imiter l'exemple des pilotes, dont le syndicat Cockpit a
arraché à la Lufthansa une convention collective les distinguant du reste du personnel.
Le chef du syndicat des conducteurs, Manfred Schell, doit rencontrer Mehdorn vendredi, mais on ne voit pas bien de quoi ils pourront discuter. La direction de Deutsche Bahn décrisperait la
situation, si elle offrait une augmentation salariale substantielle étalée sur plusieurs années. Mais dans ce cas, elle risquerait de désavouer les deux autres syndicats qui se sont "contentés"
d'une majoration de 4,5%. De plus, une victoire du GDL inciterait d'autres spécialistes égoïstes à imiter pilotes et conducteurs de trains.

Un petit syndicat a perturbé le trafic ferroviaire, mardi matin, en Allemagne... mais l'action a tourné court, et le trafic
a reprit moins de deux après. L'interdiction des grèves d'avertissement par les tribunaux restreint, en effet, la liberté d'action syndicale outre-Rhin...





