ALLEMAGNE - Pour la
Deutsche Bahn, une étape décisive vers la grande vitesse européenne touche à sa fin. Les derniers parcours de mesure en vue de l’homologation de l’ICE 3 en France ont
actuellement lieu sur la ligne de 280 kilomètres environ dans le sud de la France, entre Lyon et Aix-en-Provence, à des vitesses atteignant les 320 km/h. L’aspect central du programme
d’essais actuel est le domaine sensible des pantographes. Cela mettra fin à la partie pratique pour l’homologation de l’ICE 3 en France. L’ICE 3 pourra ensuite assurer le trafic ferroviaire entre
la France et l’Allemagne qui débutera en 2007 pour la DB et la SNCF avec une liaison directe Paris - Est de la France - Francfort.
L'ICE 3 M "Frankfurt am Main" vu en Allemagne - Prochainement sur le tronçon LGV Est
Conclusion importante après la série d’essais : la technique de l’ICE 3 satisfera aux exigences pour l’exploitation en France. Simultanément, les experts ont travaillé sur les
mesures complémentaires nécessaires pour adapter les rames au réseau ferré français.
L’ICE 3M international (« M » signifie polycourant), techniquement conçu et construit pour le trafic transfrontalier et circulant déjà aux Pays-Bas, en Suisse et en
Belgique, sera alors équipé de la technique exigée spécifiquement en France. L’homologation pour l’exploitation en France est une étape importante pour deux raisons. D’une part, cela permettra
d’améliorer l’offre de voyages pour les clients de la DB et donc la compétitivité du train par rapport à l’avion et à la voiture sur un marché particulièrement intéressant. D’autre part,
l’industrie pourra ainsi proposer sur le marché une rame grande vitesse apte à circuler en Europe.
Dès le début de la conception du matériel polycourant ICE 3, de nombreuses particularités techniques fondamentales ont été prises en compte en vue de l’exploitation internationale.
Tous les critères techniques exigés n’étaient cependant pas connus dès le départ. Une caractéristique spécifique de l’ICE 3M est le grand nombre de pantographes sur le toit. Six de ces
prénommés pantographes doivent permettre à la rame de circuler avec différents systèmes de courant et de caténaires, compte tenu du fait que certains pays où l’ICE 3M circulera possèdent
plusieurs systèmes d’alimentation électrique : 15 kV en Allemagne, Autriche et Suisse, 1,5 kV et 25 kV aux Pays-Bas, 3 kV et 25 kV en Belgique, 1,5 kV et 25 kV en France.
Un matériel spécialement conçu pour utiliser différents types d'alimentation électrique...
La Deutsche Bahn a réalisé la procédure d’homologation avec l’entreprise Siemens, chef du consortium ICE 3, avec la participation de Bombardier et avec
l’assistance technique de la Société Nationale des Chemins de fer Français (SNCF). Depuis plus de quatre ans, l’ICE 3M a fait de multiples trajets d’essais en France et a ainsi parcouru plus de
100.000 kilomètres. Il a principalement circulé à grande vitesse entre Strasbourg et Mulhouse et entre Roissy-Charles de Gaulle, Lille et Calais. Les essais en septembre seront réalisés sur la
ligne Lyon - Aix-en-Provence. Afin que la rame grande vitesse allemande puisse assurer régulièrement les liaisons sur le réseau français à une vitesse de 320 km/h, ce qui sera le cas entre
Francfort et Paris à partir de 2007 sur le tronçon Baudrecourt – Vaires, des essais ont été faits à des vitesses atteignant les 353 km/h.
En juillet 2001, après une phase active de préparation pendant plusieurs années, les essais pratiques ont débuté en France. Parallèlement, au milieu de l’année 2002, l’U.E. a
adopté les normes STI (Spécifications Techniques d’Interopérabilité) qui prescrivent les normes techniques pour les trains grande vitesse en Europe en vue de permettre le trafic ferroviaire
interopérable, c’est-à-dire transfrontalier. Cela a facilité le travail de tous les experts pendant la procédure d’homologation.
Deux ICE 3, prêts au départ...
Au cours de différentes phases d’essais, des adaptations ont été faites en permanence sur la rame afin de satisfaire aux exigences de l’exploitation en France. Il est possible à
présent d’avoir une vue d’ensemble sur les mesures complémentaires effectuées sur l’ICE 3M. Elles concernent principalement la commande du frein à courants de Foucault, les exigences pour les
pantographes en liaison avec les sections de séparation dans la caténaire, la commande des portes extérieures et l’adaptation aérodynamique de la zone sous la caisse pour éviter l’envol
d’éléments de ballast, ainsi que la technique extrêmement sophistiquée des systèmes français de contrôle-commande des trains. Au dire de l’industrie ferroviaire, les adaptations sur l’ICE 3M
coûteraient quelque huit millions d’euros par rame. Pour la DB, l’homologation a déjà coûté environ 28 millions d’euros.
Pour renforcer l’effort de freinage, l’ICE 3 a été équipé complémentairement du frein à courants de Foucault. L’intérêt de ce frein tient au fait qu’il travaille sans aucun
frottement et provoque donc très peu d’usure. Pour renforcer l’effort de freinage, le frein à courants de Foucault est activé automatiquement sur les lignes allemandes à partir de plus de 150
km/h, ainsi qu’en cas de serrage rapide, afin de raccourcir la distance de freinage. Lorsque l’ICE 3 circulera en France, le frein sera activé à partir de plus de 220 km/h seulement. Compte tenu
du type de construction des lignes en France, l’action du frein en fonctionnement normal sera réduite de moitié environ. Cela n’a pas d’incidence négative étant donné que le réseau français est
de toutes façons conçu pour des décélérations plus faibles.
En maintenance pour une séance de décrassage, vu de face... ... et sous la caisse. Belle conception !
Dans le réseau français de caténaire, il existe ce que l’on nomme les sections de séparation de phases (zones neutres) que la rame « reconnaît » automatiquement et
qu’elle franchit ensuite sans alimentation. Cette particularité du réseau français ne joue aucun rôle sur les lignes allemandes. Ces automatismes déclenchés lors du franchissement des sections de
séparation ont dû être optimisés sur l’ICE 3M, ce qui a représenté un travail très délicat. Les commandes électroniques des portes extérieures ont dû également être modifiées et adaptées aux
exigences françaises, pour les quais bas également et en vertu de la philosophie des mécanismes d’ouverture en cas d’urgence.
L’aérodynamique du matériel aux vitesses très élevées a été modifiée sous la caisse. Un certain nombre de composants sous caisse précédemment à l’air libre seront recouverts de
constructions de type spoiler. Cela modifiera les flux d’air et permettra d’éviter l’envol d’éléments de ballast pouvant détruire les composants sur la voie et le matériel.
Un défi particulier à relever est celui des systèmes français de contrôle-commande des trains. Ils sont basés sur des philosophies totalement différentes. Les appareils ont pu être
configurés et intégrés grâce à l’aide précieuse de la SNCF. Outre les techniques éprouvées en Allemagne de contrôle-commande des trains « PZB » (commande automatique intermittente de la
marche des trains) sur les lignes classiques et « LZB » (commande automatique continue de la marche des trains) sur les lignes grande vitesse, l’ICE 3M sera également équipé pour
circuler en France avec les systèmes « KVB » (contrôle de vitesse par balises) et « TVM » (transmission voie-machine). D’autre part, la rame sera également préparée pour être
équipée avec l’ETCS, le futur « European Train Control System ». Sans négliger pour autant le fait que les systèmes pour les Pays-Bas, la Belgique et la Suisse doivent rester prêts à
fonctionner sans restriction également.
L'ICE 3 M sur le réseau ferroviaire fédéral suisse, en juillet 2004
La fin des parcours d’essais de l’ICE 3M sur le réseau français grande vitesse signifie désormais pour les ingénieurs de la Deutsche Bahn le début du travail
administratif : il s’agit de rédiger les documentations finales, en allemand et en français, et de remettre à la SNCF les dossiers résultant de cinq années de travail. La SNCF informera
l’autorité française de surveillance, une direction dépendant du Ministère des transports, afin que l’homologation soit officiellement accordée. Ce document sera délivré à temps pour le début de
la liaison commerciale entre Paris et Francfort en 2007.
Les étapes qu’aura franchies l’ICE 3M fin septembre 2005 devront l’être par le TGV Est (TGV POS : « Paris – Est (Ost) de la France – Sud de l’Allemagne »). La
SNCF a fait développer par Alstom de nouvelles motrices pour le trafic grande vitesse transfrontalier. A partir de fin novembre 2005, le premier TGV équipé d’une telle motrice réalisera des
parcours d’essais en Allemagne en vue de son homologation pour le réseau allemand. Ce programme d’homologation commandé par la SNCF à DB Technik sera réalisé par les
ingénieurs experts de la Deutsche Bahn, principalement par ceux de DB Systemtechnik. Le programme devrait se terminer au cours de l’été 2006, suite à
quoi, probablement, la DB, au nom de la SNCF, fera certifier par l’Eisenbahnbundesamt (EBA), l’autorité de surveillance des chemins de fer, l’« autorisation de mise en
service » sur les lignes allemandes pour le TGV Est.