Mercredi 19 septembre 2007
SUISSE - Chez nos voisins helvêtes, près d'un retard de train sur trois est dû à un problème d'aiguillage. Pour les CFF, la facture est salée. Elle s'élève à 4,8
millions de francs suisses par année, autrement dit 40 francs par minute de retard. Partant de ce constat, Stefan Loosli, jeune patron de la start-up biennoise Hastema, a développé un appareil
portable révolutionnaire capable de contrôler au moyen d'un moteur les systèmes d'entraînement des aiguillages des trains.
«Notre machine munie d'un capteur mesure la force du système d'aiguillage et celle, maximum, du moteur. Des valeurs limites doivent être respectées. Si le moteur n'est pas suffisamment puissant,
le système d'entraînement de l'aiguillage fonctionne à moitié et le train s'arrête, provoquant des retards. Si les deux forces sont égales, la situation devient critique. Soit la force du moteur
doit être augmentée, soit le système d'entraînement de l'aiguillage doit être réparé», explique le patron de la jeune pousse qui emploie 3 collaborateurs fixes, en plus d'un électronicien et d'un
informaticien externes.
Pour Stefan Loosli, l'innovation réside dans la simplicité d'utilisation de l'appareil et sa rapidité. «Tout peut être mesuré à partir d'un écran tactile, grâce à un logiciel. En quelques
touchés, un protocole de mesure peut être lancé. Les résultats apparaissent dans la seconde. Hastema est ainsi plus rapide que ses concurrents, comme l'Allemand Vtech», souligne l'entrepreneur de
34 ans.
Témoin de l'avancée technologique réalisée par le spin-off de la Haute Ecole spécialisée à Bienne, Hastema a reçu l'an dernier le prix de l'innovation technologique de la fondation STI. Une
récompense de 235.000 francs suisses qui assure le financement de l'entreprise jusqu'à la fin de l'année.
L'histoire de la jeune pousse démarre en septembre 2004. Elle reçoit un contrat pour développer un appareil de mesure de la résistance des aiguillages sur le tronçon à haute vitesse
Mattstätten-Rothrist. Comme souvent en Suisse, les capitaux de départ sont récoltés auprès de la famille et des amis, en plus des fonds propres investis par le jeune entrepreneur. Ils servent à
la réalisation d'un prototype la même année. En 2005, Stefan Loosli reçoit le soutien de Venturelab pour la réalisation d'un «business plan». La même année, la production en petite série débute
en Suisse.
«Nous avons écoulé 20 appareils jusqu'à présent, notamment pour les CFF, notre plus grand client. Dans le pays, il y un potentiel pour 40 produits supplémentaires. Nous avons reçu plusieurs
commandes, la plupart de Suisse alémanique, et sommes en train de les honorer. En d'autres termes, 95% du marché suisse pourraient être à moyen terme couverts par nos produits», se réjouit Stefan
Loosli.
Après la Suisse, Hastema voit son avenir à l'étranger. «Nous voulons étendre nos activités en Europe, puis en Asie. Aujourd'hui, j'ai davantage besoin de coaching, d'une personne qui puisse grâce
à ses contacts m'ouvrir les portes de l'Europe. D'un point de vue financier, Hastema souhaite toutefois récolter 300.000 francs suisses. Cela permettrait d'assurer nos activités entre la commande
de notre produit depuis l'étranger et le paiement du client», souligne Stefan Loosli.
La jeune pousse espère au minimum doubler son chiffre d'affaires annuel durant les prochaines années, grâce à son expansion à l'étranger. «A moyen terme, nous pourrions dégager des ventes
avoisinant 10 millions de francs. Pour cela, il suffirait de détenir 10% du marché européen. Ce dernier est extrêmement prometteur, car les tronçons à grande vitesse s'y multiplient. Ils
nécessitent des contrôles des aiguillages qui pourraient être réalisés grâce à notre produit», conclut Stefan Loosli.
Une expansion qui devrait permettre à Hastema, également active dans la construction de machines pour l'industrie automobile (la jeune pousse compte parmi ses clients Georg Fischer et Mikron
(
MIKN.S)), d'atteindre la rentabilité en 2008.

Hastema, ou comment prospérer grace aux aiguillages suisses... Fondée
en 2004, la jeune pousse biennoise espère trouver la perle rare capable de lui ouvrir les portes à l'étranger. Ainsi, ses ventes pourraient plus que doubler chaque année, et la société être
rentable dès 2008.