SUISSE - C'est donc confirmé : les tarifs des CFF vont prendre l'ascenseur dès le 9 décembre. Dans la douleur et au terme
d'une rude bataille entre l'ex-régie fédérale et Monsieur Prix. Ce dernier, Rudolf Strahm, vient de donner son accord du bout des lèvres à la hausse réclamée par le biais de l'Union des
transports publics (dont les CFF représentent deux tiers du revenu). On a certes évité le pire, puisque l'augmentation sera moins importante que ne le laissait craindre le patron des CFF,
Benedikt Weibel, en novembre dernier, lorsqu'il annonçait une hausse proche de 10%.
La facture des usagers n'augmentera «que» de 3,1% pour les billets, et de 3,6% pour les abonnements généraux. Et Rudolf Strahm a tenu bon en refusant, au grand dam des CFF, l'augmentation des
suppléments de distance sur les grandes lignes. Le surveillant des prix estimant que, dans ce domaine, les chemins de fer fédéraux étaient déjà largement bénéficiaires. Reste que malgré cette
demi-victoire de Monsieur Prix, les usagers n'auront pas le choix: pour continuer à prendre le train, il faudra une nouvelle fois mettre la main au porte-monnaie.
Pour justifier ce renchérissement, les CFF invoquent une amélioration de l'offre. «Nous allons investir 500 millions de francs dans le matériel roulant, explique le porte-parole Jacques Zulauff.
Nous améliorons ainsi l'offre, particulièrement en Suisse centrale. Nous augmentons aussi les cadences sur certaines lignes, nous allons créer de nouveaux arrêts et nous mettons progressivement
en place de nouvelles salles d'attente. Nous devons aussi améliorer la sécurité des usagers, la sécurité technique et améliorer les accès pour les handicapés.»
Autant d'arguments qui font grincer des dents en Suisse romande. Parce que si le tarif est le même pour tout le monde, c'est surtout en Suisse allemande que l'amélioration de l'offre se fera
sentir. Les Romands paieront donc plus cher un service qui, pour eux, ne sera p as forcément meilleur. De quoi faire bondir la Fédération romande des consommateurs (FRC). «Nous sommes partis au
quart de tour, fulmine encore la présidente, Monika Dusong. Ce qui nous rend perplexes, c'est que Monsieur Prix fait la même analyse que nous: cette hausse n'est simplement pas justifiée. Les
investissements des CFF sont constants et ils font des bénéfices globalement corrects. Les gains de productivité devraient permettre aux CFF d'absorber la hausse du coût de la vie sans la
répercuter sur les usagers.»
Et Monika Dusong de déplorer l'opacité du système tarifaire des CFF: «C'est un réel problème démocratique et c'est très préoccupant. Il suffit qu'une structure de prix soit opaque pour que
Monsieur Prix soit empêché de faire son travail!» Un phénomène qui, pour la présidente de la FRC, n'est pas isolé. «Je constate que les anciennes régies fédérales - les CFF, Swisscom, La
Poste - essaient de constituer des tréso rs de guerre avec des bénéfices remarquables, pour être aptes à résister à la concurrence. Dans le cas des CFF, les usagers des grandes lignes
monopolistiques risquent de financer les domaines concurrentiels comme le trafic de marchandise. Cela fausse la concurrence.»
Les milieux écologistes montent également aux barricades contre ce renchérissement des transports publics. «Cette augmentation m'énerve, lâche la fondatrice d'écologie libérale, Isabelle
Chevalley. On s'approche du point critique chaque fois qu'on augmente le prix du billet de train. Le jour où ce point critique sera atteint, les gens risquent de changer leurs habitudes et de
préférer utiliser leur voiture. On sait dans quel sens il faut aller, et les CFF vont exactement dans l'autre sens. Le train devrait rester beaucoup moins cher que la voiture pour être
attractif.» Pour l'écologiste libérale, il y a d'autres moyens de financer le rail. «Notre projet, c'est que la taxe CO2 sur les carburants (qui n'est encore qu'un projet, n.d.l.r.) serve
en partie à assainir le secteur des transports.»
Un assainissement que le Vert genevois Ueli Leuenberger appelle également de ses voeux: «La Suisse a besoin d'organiser de véritables états généraux sur l'environnement et les transports publics.
Cela permettrait d'évaluer les besoins et de faire des choix sur la base de priorités clairement affirmées.» Selon l'écologiste, «ce ne sont pas directement ces 3 ou 4% d'augmentation qui vont
décourager les gens. On a évité le pire puisque la hausse n'est pas celle de 10% avancée il y a six mois. Mais c'est le signal psychologique que l'on donne à la population qui pourrait être
décourageant. Augmenter les tarifs sans fournir les garanties que l'on terminera Rail 2000, ça n'est psychologiquement pas très malin.»
Le signal envoyé à la population préoccupe aussi l'Association transports et environnement (ATE). «Une hausse des prix est synonyme de perte d'attractivité, estime Noëlle Petitdemange,
porte-parole de l'ATE. Il va devenir de plus en plus difficile pour le train de séduire de nouveaux utilisateurs. Et si on augmente les prix, il faut que les prestations s'améliorent. Nous ne
nions pas que ce soit un peu le cas depuis Rail 2000, mais il reste toujours des gens debout tous les jours entre Lausanne et Genève, et il n'y a toujours pas un train par demi-heure sur la ligne
du pied du Jura.» L'ATE est également d'avis que les CFF doivent trouver d'autres sources de financement. «Nous pensons par exemple à une autre affectation de l'impôt sur le carburant. Au lieu
d'un pot commun destiné à construire des routes, une partie des recettes de cet impôt pourrait être affectée aux transports publics, pour en améliorer l'offre. Et la future taxe CO2 sur les
carburants pourrait financer en partie l'infrastructure ferroviaire.»
Une proposition qu'avait déjà formulée le conseiller national socialiste vaudois Roger Nordmann. Lequel tient toutefois à clarifier les choses: «Ma proposition est d'affecter 40% des recettes de
la future taxe CO2 au financement de l'infrastructure ferroviaire, qu'il ne faut pas confondre avec l'exploitation de cette infrastructure. Les billets et les abonnements servent à entretenir le
matériel roulant et à payer les salaires. J'ai une certaine compréhension pour les CFF, qui ont une politique favorable pour les familles. Mais je les attends au tournant: s'ils augmentent les
prix, ils doivent remplacer les vieux trains dans les cinq ans, et offrir à tous une place assise.» Y parviendront-ils ? réponse à partir du 9 décembre prochain.

Le Monsieur Prix suisse ayant donné son accord cette semaine, le billet de train augmentera de 3,1% dès la fin de l'année, et l'abonnement général de 3,6% aux
CFF. Une hausse qui provoque un véritable tollé : «Injustifié !» crient les défenseurs des consommateurs, qui attendent une contrepartie. Quant aux milieux écologistes, ils craignent que les
usagers ne finissent par choisir la route plutôt que le rail...





