ITALIE / FRANCE - Une fois n'est pas coutûme, Des dizaines de milliers de personnes ont participé ce samedi à Turin dans le nord de l'Italie à une grande manifestation pour protester contre le passage de la ligne du train à grande vitesse Lyon-Turin dans la vallée de la Suse, à la frontière avec la France.
Le mouvement était divisé sur cette initiative, la quasi-totalité des maires de la vallée ne participant pas à la manifestation en raison des craintes de débordement. Le cortège, estimé à plus de 30.000 personnes par les organisateurs, a défilé dans le calme et sous le soleil, l'ambiance étant plutôt bon enfant. Aucun incident n'était signalé en fin d'après-midi.
Une dizaine de maires de la vallée conduisaient le défilé, soutenus par quelques élus municipaux français dont les communes doivent être traversées par la ligne à grande vitesse, tous étant réunis sous la banderole "NO TAV" (non au TGV).
Le projet suscite une faible opposition côté français. "Nous sommes venus par solidarité car nous avons les mêmes préoccupations", a expliqué Denis Guillet, maire de Romagnieu (France). "Nous sommes opposés au passage du TGV dans notre commune qui concentre déjà une autoroute et deux lignes à haute tension. Avec la ligne grande vitesse, nous voyons ainsi se former un couloir de nuisances, comme ce qui se passe du côté italien", a-t-il ajouté.
Des milliers d'habitants de la vallée, qui en compte environ 70.000, avaient rejoint Turin pour le défilé organisé par des comités locaux d'opposition à la ligne à grande vitesse, par des associations et des syndicats avec le soutien du parti Refondation Communiste. "Nous pensons qu'une kermesse ne suffit pas à sensibiliser le pays et donc nous avons décidé de manifester", a expliqué Ferruccio Sbodio, adjoint au maire de Chiusa di San Michele, dans la vallée de la Suse.
Des ânes avaient également trouvé leur place en tête de cortège avec des pancartes "NO-TAV", TAV étant le sigle italien pour le TGV, ou "le vent souffle, l'amiante arrive". D'autres panneaux avertissaient: "l'amiante vole jusqu'à Turin, penses-y Chiamparino", du nom du maire de la ville favorable au projet.
Les comités de Bologne, Gênes, des opposants au projet de Mose, l'infrastructure qui doit protéger Venise de la montée des eaux, mais aussi des groupes anarchistes ou altermondialistes avaient rejoint le mouvement. D'importantes forces de police encadraient samedi les manifestants, tout en restant discrètes, voulant éviter que se reproduisent les affrontements qui avaient fait quelques blessés le 8 décembre à Venaus, dans la vallée.
Le cortège a rejoint un parc de la périphérie de Turin en fin d'après-midi où était organisée une kermesse culturelle par les maires de la vallée ayant refusé de défiler. Avant l'arrivée du cortège, cette initiative avait attiré peu de gens. "Il s'agit d'une mouvement unitaire et nous pensons que c'est le moment de passer de la protestation aux propositions", a affirmé Antonio Ferrentino, président de la communauté de communes de la basse Vallée de la Suse et organisateur de la kermesse.
Les élus de la vallée demandent un renforcement de la ligne ferroviaire existante, jugeant que cela éviterait de coûteux travaux et des années de nuisance. Le gouvernement italien a récemment lancé une nouvelle "évaluation d'impact environnemental" du TGV dans la Vallée de la Suse pour répondre aux inquiétudes des populations locales qui craignent la présence d'amiante et d'uranium dans les roches de la montagne où doit être creusé un tunnel de 53 km de long.
La liaison ferroviaire Lyon-Turin, dont le coût total est estimé à 12,5 milliards d'euros, ne devrait pas être achevée avant 2020... enfin, si elle finira un jour par être construite.

"Le TGV entre Lyon et Turin ? ben non... on n'en veut toujours pas..."