Les voyageurs qui empruntent le Transsibérien traversent 10 fuseaux horaires, font un arrêt à la seule gare du monde construite entièrement en marbre (à Sludyanka, au kilomètre 5311) et franchissent le plus long pont de la Fédération russe (le pont sur l'Amour, qui mesure 2612 mètres). Partis de Moscou, ils arrivent à Vladivostok, au terme de six jours de voyage, après avoir longé le lac Baïkal sur 207 kilomètres et la mer du Japon sur 39 kilomètres.
Avec ses 9258 kilomètres, le Transsibérien est le plus long parcours ferroviaire du monde. D'autres grandes voies de chemin de fer sont auréolées d'un prestige similaire, parce qu'elles traversent d'énormes étendues et parce que leur construction a marqué l'histoire du continent où leurs rails se déploient. C'est le cas du Canadien Pacifique, de la voie qui relie le Cap à Victoria Falls, en Afrique australe, et, naturellement, du fabuleux Orient- Express, qui a inspiré Agatha Christie (Le Crime de l'Orient-Express), Graham Greene (L'Orient-Express), D.H. Lawrence (L'Amant de lady Chatterley) et tant d'autres écrivains. L'Orient Express, qui reliait Paris à Istanbul, reste cependant le modèle de référence des convois de grand luxe qui font aujourd'hui vrombir les rails de ces parcours mythiques.
L'idée de construire des voitures luxueuses a germé, un peu après la guerre de Sécession, dans l'esprit d'un homme d'affaires américain, George Pullman. Souvent appelé à voyager, il trouvait les trains de son pays particulièrement inconfortables. En 1867, il fonda, à Chicago, la Pullman Palace Car Company, une entreprise qui usinait des wagons de grand luxe. La plupart des convois ferroviaires américains ont mis rapidement un ou plusieurs wagons Pullman à la disposition de leurs passagers de première classe. Ce sont ces salons roulants qui ont inspiré Georges Nagelmakers, qui lança l'Orient Express, en 1883.
Moins d'un siècle plus tard, les trains de grand luxe ont été remisés à la fourrière, déclassés par la popularité de l'avion. C'est encore à un homme d'affaires américain, James Sherwood, qu'ils doivent leur résurrection. Il relança l'Orient Express en 1980. Et son idée allait être reprise à travers le monde : l'Eastern & Oriental Express a pris les rails en 1993; le Shongololo a été lancé en 1995 ; l'American Orient Express roule depuis 1997; le Royal Canadian Pacific a repris du service en 2000, et on pourrait en nommer des dizaines d'autres.
Nous n'avons retenu que les plus prestigieux et les plus luxueux d'entre eux. Nous aurions pu décrire aussi l'American Orient Express qui, du Canada au Mexique, offre peut-être la plus grande variété de parcours; le Royal Scotsman, qui se faufile entre les lochs des hautes terres d'Écosse; l'India Pacific et le Ghan, qui traversent l'Australie d'est en ouest et du sud au nord, ou encore le Desert Express, qui file dans la fournaise des deux grands déserts de Namibie...
Nous aurions pu encore évoquer ceux qui n'ont rien de luxueux mais qui desservent des parcours ferroviaires improbables : le Dakar-Bamako et le Addis-Abeba Djibouti, en Afrique, le Hanoi-Kunming, aussi nommé «le train du Yunnan», le Chihuahua-Los Mochis, auMexique, qui longe sans doute le parcours le plus spectaculaire du monde, à travers le Cooper Canyon, ou encore le Lima-Huancayo, qui mérite le titre de «plus haut train du monde» parce qu'il grimpe jusqu'à 4829 mètres d'altitude dans la cordillère des Andes et qu'on y tient des bonbonnes d'oxygène à la disposition des passagers sujets au mal des hauteurs.
Mais à Passion-Trains, nous nous sommes limités à six trains fabuleux qui concrétisent la convergence entre l'histoire et le raffinement. Les parois de leurs wagons-lits, leurs voitures-restaurants et leurs salons sur rails sont tous lambrissées de bois semi-précieux, souvent burinés de délicates marqueteries. Les compartiments sont des petites suites et on en trouve rarement plus d'une demi-douzaine par wagon. Quant au prix du voyage, il est généralement à la mesure du décor et du service dispensé à bord : somptueux !

En voiture avec Passion-Trains pour découvrir les trains de légende et de grand Luxe ! Et pour Madame, une tasse de thé avec un nuage de lait conviendra t'il ?
I.- Le Transsibérien : le plus long parcours du monde
Le projet de construction d'une voie ferrée qui relierait Moscou à la mer du Japon a mûri dès le milieu du XIXe siècle. Les tsars y voyaient un moyen d'acheminer rapidement des troupes et du matériel militaire vers les régions de l'Extrême-Orient russe convoitées par le Japon, comme la Mandchourie. La construction a débuté au milieu des années 1890, mais, bloqué par la guerre russo-japonaise de 1905, le projet n'a été mené à terme qu'en 1916, un an avant que n'éclate la révolution. Sous le régime soviétique, les rails du Transsibérien ont permis d'envoyer des colons russes peupler les steppes désertes de Sibérie et d'acheminer les forçats vers les îlots extrême-orientaux de l'archipel du Goulag.
Aujourd'hui, le Rossiya, qui effectue le parcours classique de Moscou à Vladisvostok, quitte la capitale russe tous les deux jours. Les billets pour le parcours complet se vendent entre 315 euros l'aller simple (en compartiment à quatre lits) et 621 euros (compartiment à deux lits). Deux autres grands convois empruntent les mêmes voies jusqu'en Sibérie centrale : le Transmandchourien, qui bifurque vers Pékin, quitte Moscou tous les vendredis, et le Transmongolien, qui traverse le désert de Gobi jusqu'à Oulan-Bator, tous les mardis. Les billets permettent de descendre dans les gares sibériennes et de poursuivre le voyage plusieurs jours plus tard.
Deux trains privés de grand luxe empruntent également les voies du Transsibérien. Le plus luxueux des deux appartient à une compagnie britannique, GWTravel/The Trans-Siberian Express Company, qui propose des itinéraires de 15 jours assortis de visites des endroits les plus intéressants du parcours, où le train fait office d'hôtel.
Pour le parcours classique, de Moscou à Vladisvostok, il faut compter entre 4.670 euros (en classe Héritage) et 9.340 euros (en classe Golden). Les tarifs incluent tout, y compris les transferts depuis l'aéroport à Moscou et Vladivostok et l'hébergement dans ces deux villes. GW Travel propose également des itinéraires ferroviaires de 21 jours sur la Route de la soie, via le Kazakhstan et les villes mythiques d'Asie centrale que sont Tachkent, Samarcande, etc. (de 7.185 euros à 12.575 euros).

Le transsibérien, ou comment passer 53, 56 et 62 heures dans un train... pour ceux qsui ont le temps, ou qui en veulent pour leur argent...
II.- Le Venise-Simplon Orient-Express : le modèle absolu
C'est à la faveur d'un voyage aux États-Unis que l'industriel belge Georges Nagelmakers tomba sous le charme de ces salons sur rails qu'étaient les voitures Pullman. De retour en Europe, il s'ingénia à surpasser le modèle. Cuir, velours, bois précieux incrustés de marqueteries, cristal, argenterie rien n'était trop beau pour décorer et meubler les voitures d'un train que Georges Nagelmakers voulait le plus luxueux du monde. En 1883, le premier convoi ferroviaire européen de grand luxe s'ébranla sur les rails qui reliaient Paris à Bucarest, en quatre jours. Les voyageurs empruntaient un paquebot pour poursuivre leur périple vers Constantinople, comme on appelait alors Istanbul, par le delta du Danube et la mer Noire. L'Orient-Express était né. Une vingtaine d'années plus tard, l'ouverture d'un tunnel sous le Simplon, entre la Suisse et l'Italie, lui valut un petit frère qui effectuait le trajet en traversant la Yougoslavie et la Grèce : le Simplon Orient-Express.
Le premier fut remisé en 1962, victime de la guerre froide, et le second alla le rejoindre en 1977, boudé par le jet-set qui lui préférait l'avion. Restaurées par le millionnaire américain James Sherwood, leurs 11 voitures-lits construites entre 1926 et 1931 glissent à nouveaux sur quelques grands parcours ferroviaires d'Europe. Le souci de restituer l'ambiance d'origine est tel qu'on a gardé les cabinets de toilettes d'origine, dont l'eau chaude est fournie par des petits poêles à bois. Comme l'itinéraire le plus fréquemment emprunté est le parcours Paris-Venise, le convoi a été baptisé «Venise-Simplon Orient- Express». Lorsqu'il ne fait pas la navette entre la capitale française et la cité des doges, le train se promène entre la France et les capitales d'Europe centrale. Une fois par an, il effectue le trajet d'origine entre Paris et Istanbul. Ce forfait de six jours, assorti de courts séjours à Budapest et Bucarest, se vend 6290 euros. Le parcours de Paris à Venise, via Innsbruck, se détaille 1785 euros pour une nuit et deux jours à bord du train.

Voyage de rêve pour voyageurs nostalgiques à bord du Venise-Simplon Orient-Express et qui accessoirement se ballade églement du coté d'Istambul en Turquie, et de Vienne en Autriche...
III.- Le Royal Canadian Pacific : des wagons construits à Montréal
Le chemin de fer transcontinental canadien est le fruit d'une disposition incluse dans l'acte d'adhésion de la Colombie-Britannique à la Confédération canadienne, en 1871. On y stipulait qu'une voie de chemin de fer devrait être construite dans les 10 ans qui suivraient pour relier la nouvelle province aux grands centres urbains de l'Est. Les premiers rails en direction des Prairies ont été posés en 1881 et le dernier crampon a été enfoncé à Craigellachie, en Colombie-Britannique, le 7 novembre 1885.
Le Royal Canadian Pacific est donc étroitement associé à l'histoire du Canada, tout comme ses wagons lambrissés de chêne circassien. Construits à Montréal aux usines Angus, pendant les années 20, ils ont transporté le président Roosevelt, le roi Édouard VIII et Wallis Simpson, le premier ministre MacKenzie-King, Winston Churchill, George VI et Élizabeth II.
Aujourd'hui, ces sept voitures promènent 32 passagers, jamais plus, à travers les Rocheuses, généralement au départ de Calgary. L'itinéraire le plus populaire est le «Canadian Rockies», qui passe par Banff et le lac Louise, avant de longer la rivière Columbia, en Colombie-Britannique, et de revenir à Calgary par Lethbridge. Coût pour six jours de voyage, en formule tout compris, ce qui inclut les excursions et les consommations : 4740 euros.
Mais la compagnie, qui est une filiale du Chemin de fer Canadien Pacifique, propose également des parcours de golf (3880 euros pour six jours), de pêche à la mouche dans les lacs des Rocheuses (4740 euros pour six jours), ou encore des croisières ferroviaires gastronomiques de Calgary à Kamloops (4900 euros pour six jours). C'est qu'on réserve une attention méticuleuse à la cuisine servie à bord. Les quatre chefs qui veillent sur les fourneaux sont tous québécois. Le chef principal, Denis Sirois, a travaillé cinq ans sous la supervision de Daniel Vézina, au Laurie Raphaël de Québec.
Un autre train réputé, le Rocky Mountaineer, fait la navette entre Calgary et Vancouver. Mais il n'est pas aussi luxueux que le Royal Canadian Pacific et on ne dort pas à bord.
www.royalcanadianpacific.com
www.rockymountaineer.com

Bon ok, c'est un autre style, mais les amateurs de grands espaces s'y retrouvent... Le top pour rejoindre sa cabane au Canada...
IV.- L'Eastern & Oriental Express : entre jungle et rizières
Encouragés par le succès du Venise-Simplon Orient-Express, les dirigeants de la compagnie Orient Express Hotels Trains&Cruises ont décidé de rééditer l'expérience dans le Sud-Est asiatique. Ils ont racheté un ancien train de luxe néo-zélandais le Silver Star et l'équipe de Gérard Gallet, qui avait supervisé la décoration intérieure des pullmans britanniques et de l'emblématique Venise-Simplon Orient- Express, l'a réaménagé en lui conférant une touche asiatique. Le résultat est, dit la publicité, «un subtil amalgame entre culture et cuisine orientale et confort occidental».
Depuis septembre 1993, l'Eastern & Oriental Express relie les 2000 kilomètres séparant Bangkok de Singapour, via Kuala Lumpur, en trois jours et deux nuits. Il longe la mer d'Andaman et la mer de Chine. À la frontière de la Thaïlande et de la Birmanie, les passagers descendent à Kanchanaburi, où ils remontent la rivière Kwai en bateau jusqu'au musée qui illustre l'histoire de la fameuse voie ferrée reliant Rangoon, en Birmanie, à Singapour, que les Japonais firent construire à leurs prisonniers britanniques, pendant la Seconde Guerre mondiale. Une histoire qui a inspiré le romancier Pierre Boulle et le cinéaste David Lean qui en tira le fameux film Le Pont de la rivière Kwai . Le jour suivant, le convoi s'arrête à Butterworth, en Malaisie, pour permettre aux passagers d'effectuer une excursion dans l'île de Penang.
Même si la durée du trajet en train n'excède pas trois jours et deux nuits, il est vendu dans le cadre de forfaits de six jours à des prix variant de 2570 euros à 3135 euros, ce qui inclut deux nuits d'hébergement à Bangkok et deux nuits à Singapour. Le parcours de Bangkok à Chiang Mai, dans le Triangle d'or, est disponible à certaines dates dans le cadre d'un forfait de six jours (de 1970 euros à 2150 euros).
www.orient-express.com

L'Eastern & Oriental Express, une façon ... très orientale pour découvrir l'univers des trains de luxe !
V.- Le Shongololo d'Afrique du Sud : les safaris sur rail
Direction l'Afrique avec le «Shongololo» un mot zoulou qui signifie «mille-pattes». C'est à ce myriapode que songeaient les habitants des villages bordant la voie ferrée reliant Le Cap à Johannesburg, lorsqu'ils ont vu passer les premiers trains, dans les années 20. Aujourd'hui, le Shongololo est un de ces trains mythiques qui font rêver les grands voyageurs.
Mais il n'a pas le monopole de la croisière ferroviaire de luxe en Afrique du Sud. Lancé en 1995, il est même le dernier venu des trois grands palaces ferroviaires qui font vrombir les rails du pays. Le privilège de l'ancienneté revient au Train bleu, qui relie le Cap à Johannesburg depuis 1928. En 1969, la compagnie des chemins de fer sud-africains, Transnet, lançait une version de grand luxe de son «Blue Train». Un quart de siècle plus tard, un homme d'affaires passionné par la chose ferroviaire, Rohan Vos, fondait une entreprise Rovos qui exploite aujourd'hui cinq locomotives à vapeur et une vingtaine de voitures des années 20 restaurées de manière à restituer l'atmosphère et le décor d'origine d'inspiration victorienne.
Les trois compagnies proposent leurs forfaits ferroviaires sur deux tronçons : Le Cap-Pretoria, sur un trajet de 1600 kilomètres du côté sud, et Pretoria-Victoria Falls, à la frontière de la Zambie et du Zimbabwe, sur une distance équivalente (1596 kilomètres exactement), du côté nord.
Au passage, les trains traversent le Botswana, ainsi que quelques parcs nationaux comme le fameux Kruger. Mais ils peuvent emprunter d'autres itinéraires. En bifurquant vers Stellenbosh et la route des vins, par exemple. Ou encore vers Durban sur l'océan Indien ou vers Windhoek, en Namibie.
Le Pride of Africa, de la compagnie Rovos, met cinq jours et quatre nuits pour compléter le trajet Le Cap-Victoria Falls via Pretoria pour un tarif d'environ 3020 euros. Le Train bleu est plus rapide et un peu moins cher. Quant au Shongololo, il prend son temps. Il ne roule que pendant la nuit et plusieurs wagons en queue de convoi transportent les véhicules tout terrain qui servent aux passagers pendant les excursions de la journée. Le grossiste montréalais Tours Chanteclerc commercialise trois superbes itinéraires de 17 jours sur le Shongololo à des prix variant de 2586 euros à 4530 euros.
www.bluetrain.co.za
www.rovos.co.za
www.shongololo.com

Bon ok, il paye pas de mine comme ça, mais le Shongololo d'Afrique du Sud est un train de nuit idéal pour faire des safaris dans le sud de l'Afrique ...
VI.- Le Palace on Wheels : la vraie vie de maharajah
Les chemins de fer indiens ont hérité d'une série de wagons de luxe ayant appartenu à quelques-uns des nombreux rajahs et maharajahs qui régnaient sur la myriade d'États du sous-continent jusqu'au milieu du siècle dernier. Ils ont fait restaurer et remis en service un convoi composé de 14 wagons, dont les parois et les plafonds sont ornés de miniatures évoquant la vie fastueuse des cours princières avant la conquête britannique : le Palace on Wheels (le palace sur roues). Chacun des wagons, qui porte le nom d'un ancien État princier du Rajasthan, est composé d'un salon et de quatre chambres. Le train dispose également d'un bar et de deux restaurants le Maharajah et la Maharani où l'on sert quatre types de cuisines : chinoise, continentale, indienne classique et indienne du Rajasthan.
Les croisières ferroviaires d'une durée de sept jours partent de Delhi et emmènent les passagers à travers le Rajasthan où des visites sont prévues à Udaipur, Sawai Madhopur, Jaisalmer, Jodhpur et Bharatpur. Au passage, on visite également Jaipur et Agra.
Les tarifs sont fixés à 2045 euros en septembre et en avril et à 2670 euros pendant la haute saison, c'est-à-dire d'octobre à mars. Ce qui inclut tous les repas, deux services quotidiens de thé et les visites en autocar de luxe, en bateau (sur le lac d'Udaipur), à dos de chameau (dans le désert du Rajasthan) ou à dos d'éléphant (dans la réserve naturelle de Sawai Madhopur).
L'objectif des organisateurs est de plonger le voyageur dans l'ambiance fastueuse des voyages que les potentats indiens effectuaient à bord de leurs trains privés, au début du XXe siècle.

A bord du Palace on Wheels, découvrez l'Inde mystérieuse et à vous les délices de Jaipur, les beautés du Taj Mahal... et les coktails carabinés de Rajiv le Barman !