FRANCE - Anne-Marie Idrac, 56 ans, qui briguait un nouveau mandat à la tête de la SNCF, est une politique et une spécialiste des transports, dont elle s'est occupée au plus
haut niveau comme secrétaire d'Etat avant de diriger la RATP puis la la compagnie ferroviaire nationale en 2006.
Cette femme élégante et souriante a été l'une des dirigeantes de l'UDF et une proche de François Bayrou, dont elle s'est ensuite éloignée. Née le 27 juillet 1951 à Saint-Brieuc
(Côtes-d'Armor), fille du sénateur et ministre MRP André Colin, Anne-Marie Idrac a suivi le parcours classique des élites républicaines: droit, Sciences-po, ENA, avant de fréquenter les cabinets
ministériels de droite (Equipement en 1974, Environnement en 1979, Urbanisme et Logement en 1980).
Elle entre dans le monde des transports en devenant directrice des Transports terrestres au ministère de l'Equipement de 1993 à 1995, sous le gouvernement Balladur. En 1995, elle est nommée
secrétaire d'Etat aux Transports du gouvernement Juppé auprès du ministre Bernard Pons, et survit au remaniement qui voit l'éviction de plusieurs femmes : elle sera l'une des rares "Juppettes"
maintenue dans le deuxième gouvernement Juppé. Après la dissolution de l'Assemblée nationale en 1997, elle est élue députée UDF des Yvelines.
En 2002, elle est nommée à la tête de la Régie autonome des transports parisiens (RATP), où elle s'enorguellit d'avoir adouci le climat social, avec très peu de jours de grève par
rapport à ses prédécesseurs. Quatre ans plus tard, elle prend la succession du populaire Louis Gallois, resté dix ans à la tête de la SNCF, où elle est attendue au tournant par les syndicats.
Elle les irrite d'entrée en comparant le dialogue social à "l'époque de la +guerre froide+ avant la chute du Mur de Berlin". Insultes, archaïsme, dérapage, s'indignent les partenaires sociaux,
qui n'ont pas oublié qu'elle était secrétaire d'Etat aux Transports lors des grandes grèves de 1995. Franchise, rétorque l'intéressée, qui porte souvent un manteau rouge qu'elle trouve "assorti"
aux drapeaux des syndicalistes, tout en martelant son attachement au dialogue social, au point de s'attirer les foudres de Nicolas Sarkozy. Mais pour elle, au-delà des questions sociales, l'heure
est désormais à la conquête de l'Europe, à l'ouverture des lignes internationales de voyageurs à la concurrence en 2010 et au "développement durable", thème dont elle a fait son leitmotiv.
"J'aime ma boîte !", répète à l'envi cette mère de quatre filles, qui adore employer des expressions à la mode, quitte à décontenancer son auditoire.
Malgré un sourire affiché en permanence, elle apparaît aux yeux de beaucoup comme une piètre communicante. Certains la voient même lointaine, sinon hautaine, alors que ses collaborateurs la
disent chaleureuse, drôle, prompte à évoquer en public sa vie de famille, qu'elle a toujours mis un point d'honneur à ne pas négliger. Mais pour les syndicats, qui la surnomment la "Dame de fer
du fer", elle est "versatile", "tantôt transparente, tantôt caractérielle".
Chargée en 2007 de mettre en place deux dossiers explosifs, le service minimum et la réforme des retraites des cheminots, elle y parvient avec l'aide de son fidèle second Guillaume Pepy,
moyennant 10 jours de grève, l'une des plus dures de l'histoire de la compagnie nationale.

Lourdée : le gouvernement a tranché, Anne-Marie Idrac perd sa place de présidente de la SNCF au profit de Guillaume Pépy, jusqu'alors directeur général exécutif. Exit, la Baronne rouge... Place au lieutemant qui sera jugé "en fonction de sa capacité de résistance et d'inflexion des choix étatiques",
avertissent déjà les syndicats.