SUISSE - Imaginez le tableau : un TGV fonçant à minimum 200 km/h entre Genève et Saint-Gall! L'idée
occupe depuis quelque temps l'esprit d'un professeur de l'EPFL à la retraite, mais qui n'a pas arrêté de cogiter pour autant. Daniel Mange est catégorique : il est urgent de réfléchir,
aujourd'hui déjà, à la situation des transports publics après la (possible) réalisation de la 3e voie entre Lausanne et Genève. Son plan ? Des TGV suisses et européens qui circuleraient... au
milieu des autoroutes. Pas demain, bien sûr. Mais dans cinquante ou cent ans peut-être.
La réflexion futuriste de Daniel Mange, par ailleurs secrétaire de la section vaudoise de la CITRAP(Communauté d'intérêts pour les transports publics en Suisse), part d'un constat
cinglant. «Dans un siècle, l'Europe sera traversée par des lignes de trains rapides dans toutes les directions. Et nous? On regarde les TGV passer !» Daniel Mange veut donc lancer le débat pour
la construction en Suisse d'un nouvel axe ferroviaire réservé aux trains à grande vitesse. «Il y aurait moyen d'installer une double voie sur le terre-plein central des autoroutes», avance le
professeur. De Genève à Berne (en passant par la Broye, où le terrain est plat), puis Zurich et Saint-Gall. «Les tracés actuels - y compris la troisième voie entre Lausanne et Genève - seraient,
eux, réservés au trafic régional, poursuit Daniel Mange. Les TGV ne peuvent pas passer par les petites gares pour une question de sécurité.» Les trains rapides relieraient les périphéries des
agglomérations. Exemple: l'aéroport de Cointrin serait connecté à l'échangeur de la Blécherette ou de Vennes (où passera le futur métro M2), dans les hauts de Lausanne.
Un TGV suisse ? Le scénario avait été enterré à la fin des années 1980 par la majorité des cantons. Mais, cet été, plusieurs élus radicaux ont ressorti l'idée. Au bout du lac Léman aussi, on
prend l'initiative au sérieux : «Cela libérerait de la capacité dans les trains régionaux. Sur l'arc lémanique, on est aux limites du système, alors que la demande va augmenter de 60 à 100% d'ici
à 2030», note Yves Delacrétaz, directeur de l'Office genevois de la mobilité. Pour lui, le TGV «autoroutier» aurait un avantage majeur: «Il ne crée pas de nouvelle coupure physique dans le
paysage...»
Seulement voilà : il faudra convaincre les politiques. «A quoi bon lancer un train à 350 km/heure pour qu'il s'arrête 60 kilomètres plus loin. Ça n'a pas de sens», tranche le conseiller d'Etat
vaudois François Marthaler. «La Suisse ne sera jamais un pays de transit pour des TGV roulant à 300 km/h», renchérit le conseiller aux Etats Michel Béguelin. Le socialiste préfère creuser
d'autres alternatives moins coûteuses: développer le rail sur la rive sud du lac Léman pour y décharger le flux Genève-Valais, renforcer la navigation sur le lac pour les courtes
distances...
Un brin utopiste, Daniel Mange anticipe les critiques: «C'est le genre de projet à long terme qui déplaît à nos politiciens. Le temps qu'il se concrétise, ils seront déjà morts ou
alors... centenaires !»

Visionnaire ou utopiste ? Le professeur de l'EPFL, Daniel Mange lance le débat : il veut faire circuler des trains à grande vitesse au milieu
des autoroutes : «Dans un siècle, l'Europe sera traversée par des lignes de trains rapides. Et nous ? On regarde les TGV passer !» Meeeeeeeeeeuh Non...






