FRANCE - Dure-dure, la vie du rail. Du moins si l'on en croit Patrick Robin, l'un des responsables nationaux de Sud-Rail, qui dénonce la « criminalisation du mouvement syndical » (!?) à propos de deux affaires récentes dans la région.
Les faits. Il y a 18 mois, une dame se présente au guichet de la gare Viotte à Besançon pour se faire rembourser un billet non utilisé, d'une valeur de 120 €. « Il s'agissait d'un billet international, dans son cas la procédure était longue et compliquée, il y avait du monde qui attendait derrière cette dame. J'ai commis une erreur en la remboursant en liquide et en ne lui demandant pas de signer le récépissé », assure le guichetier, un employé de 33 ans.
C'est sa version, celle de la cliente est très différente, elle affirme ne pas avoir été payée et porte plainte. En première instance, puis en appel, le guichetier bisontin est condamné pour « escroquerie » à deux mois de prison avec sursis et 300 € d'amende. Il renonce à se pourvoir en cassation, s'estimant victime d'une sorte de machination à cause +6 : il est délégué syndical à Sud-Rail, une organisation réputée coriace.
En mars dernier, peu avant le procès perdu en appel, il est élu représentant du personnel. Après sa condamnation définitive, la hiérarchie de la SNCF demande sa révocation. Celle-ci visant en l'occurrence un salarié protégé ne peut avoir lieu sans l'autorisation de l'inspection du travail, qui se prononcera le 5 octobre prochain.
Le 31 août dernier, la procédure de révocation passe en « comité d'établissement » à Dijon, le siège de la direction régionale. Mais la réunion tourne au vinaigre. Des « Sudistes » venus d'un peu partout en France (120 selon la direction, 200 selon le syndicat) envahissent bruyamment la salle pour dire leur « solidarité » avec leur collègue. La directrice régionale et l'une de ses cadres quittent les lieux pour se rendre aux urgences. Puis toutes deux vont déposer plainte pour « violences avec arme par destination et menace sur personne ayant autorité », contre un cheminot dijonnais de 38 ans, délégué du personnel Sud.
L'arme ? Il s'agirait d'une « corne de brume » (comme celles utilisées par les supporters de football). Contactée par notre journal, la directrice fait cette description : « On m'a mis sur l'oreille une corne de brume à air comprimé, on a appuyé très fort et j'ai reçu cet air. J'ai failli perdre l'équilibre. De la façon dont j'étais placée, je n'ai pas vu qui avait fait ça. Mais trois de mes collaborateurs ont reconnu » le cheminot dijonnais. La directrice avait pris soin de demander la présence d'un huissier pour cette réunion, car prévenue par les « Sudistes » eux-mêmes qu'ils y viendraient en nombre. « Or le constat d'huissier est très clair sur tout ce qui s'est passé. »
Le syndicaliste poursuivi nie toute utilisation de corne de brume. « Je n'ai agressé personne. Je n'avais qu'un sifflet, genre arbitre de foot, et je ne m'en suis pas servi tout près des oreilles de la directrice ni de sa collaboratrice » (C'est sûr : un sifflet à plus sa place dans un tribunal qu'une corne de brume, voyons...).
Comme l'avait été le guichetier bisontin, le Dijonnais a fait l'objet le 5 septembre d'une garde à vue de 24 heures et d'une perquisition à son domicile. « Les policiers n'ont pas trouvé de corne de brume, je n'en ai pas. Ils ont été corrects mais ce sont des moments durs à vivre. » Il est en arrêt-maladie depuis, comme l'est aussi la collaboratrice de la directrice.
La double plainte sera examinée en audience correctionnelle le 14 novembre prochain à Dijon. Alors que conclure de tout cela ? Une seule chose à mon avis : le syndicalisme à la SNCF ne sortira pas grandi de ces deux tristes affaires.

Après un militant bisontin de Sud-Rail condamné pour « escroquerie », un autre « Sudiste » est poursuivi pour « violences » envers la directrice régionale de la SNCF à Dijon... Les syndicalistes de Sud Rail, des perturbateurs ?!? nooooooooon...