SUISSE - En Suisse, tout le monde connaît sa voix. De l’aurore aux derniers trains du soir, c’est elle qui donne un ton aux gares grises. Elle s’appelle Carole. Mais elle
préfère ne pas donner son nom de famille. Montrer son visage, pour elle, c’est déjà presque trop. «Vous allez casser le mythe, regrette-t-elle un peu. La RSR avait un jour demandé à des voyageurs
comment ils imaginaient celle qui leur parle dans le haut-parleur. Ils ont presque tous répondu blonde, 25 ans. Et certains croyaient qu’il s’agissait d’une voix de synthèse.»
Carole s’est tout de même prêtée au jeu. Et elle a bien fait. Car cette brune de 48 ans est adorable. Elle dégage un charme et une joie de vivre qui ne décevraient personne. Il y a 12 ans, la
Vaudoise de famille valaisanne a participé au «casting» des CFF qui se cherchaient une voix. Et c’est la sienne qui est sortie du lot. Depuis, elle a enregistré 2500 noms de gares, les 59 minutes
de retard envisageables unes à unes, la panne de chauffage, de climatisation, et toutes sortes d’avis d’urgence auprès du studio genevois Audioworks mandaté par l’ex-régie.
«Tous les cas sont prévus! Même les avalanches et les attentats. Ça m’a pris un mois, et depuis j’enregistre encore environ un jour par mois selon les derniers changements. On peut ensuite
insérer les nouveautés. C’est un peu comme si Céline Dion oubliait un mot au milieu d’une chanson et qu’il fallait l’ajouter.»
Le répondeur téléphonique des CFF, aussi, c’est elle. «En français, appuyez sur un…», rigole-t-elle. Avant ses enregistrements, les annonces étaient faites en direct par le chef de gare ou une
speakerine. Trois autres femmes sont chargées de l’allemand, l’italien, et même du japonais pour les lignes touristiques. Pourquoi des femmes uniquement? «C’est un choix. Une voix féminine est
plus apaisante, estime Jean-Louis Scherz, porte-parole des CFF. Et cela permet de donner une autre image de notre entreprise, qui est encore très masculine. Nous essayons de promouvoir les femmes
mais pour le moment seuls 10,7% de nos effectifs sont des femmes.»
Apaisante? Carole a une autre impression. «Je pense que la plupart des voyageurs ont dû me haïr. Ils entendent souvent ma voix pour annoncer des retards ou des suppressions de trains.» De son
côté, elle s’applique à donner de la chaleur à ses interventions. «Quand j’enregistre, derrière les manettes, je m’adresse réellement aux voyageurs. Je leur parle, ça vient du cœur. Imaginer ces
gens et leurs voyages me fait rêver. C’est comme une aventure, pour moi.»
Carole ne se lasse pas de cette activité. «Des fois, il me faut deux heures pour prononcer correctement un nom de gare qui n’existe qu’en allemand et j’ai envie de tout casser. Je dois adapter
certaines traductions qui font trop français fédéral. Mais je continue le challenge.» En live, elle n’a pas tout à fait la même voix que dans haut-parleurs. «Pour les CFF, je pose ma
voix un peu plus bas. Ainsi je peux retrouver exactement le même ton. Même si je vieillis.» Elle sourit. Sa voix n’a pas une ride. «Au téléphone, on me prend pour ma fille de 15 ans. Pourtant, je
fume. Mais rien n’y fait!» De toute manière Carole n’aime pas s’entendre, ni dans le train ni sur les ondes. Mais a elle a toujours aimé parler. «Petite, j’étais très bavarde, le clown de la
famille, lance-t-elle, rieuse. A l’école, je n’étais pas mauvaise, mais j’avais sans cesse des remarques. Alors je me disais que plus tard, je gagnerais ma vie en parlant ! Et j’ai eu ma revanche
de petite fille.»
C’est ainsi que Carole est devenue animatrice, avec un passage comme speakerine à la TSR. Depuis 21 ans, elle transmet son enthousiasme aux auditeurs de Radio Lac. «Je fais souvent des courtes
interviews de personnes de tous horizons. J’adore leur faire raconter ce qui les anime.» Carole préfère la parole aux images. «Les voix, ça me parle vraiment. On ne peut pas tricher avec elles.
Le regard peut être faux, l’attitude aussi, mais la voix révèle les émotions.» La sienne, les voyageurs l’entendront encore longtemps. Car elle est la voix officielle des CFF en français jusqu’à
nouvel avis.
Comme en France, Les annonces des CFF ne sont pas produites par une voix synthétique. C’est la même femme qui les entregistre depuis 12 ans.... Chez les
helvêtes de langue française, c'est Carole qui s'y colle... et fort bien d'ailleurs !