FRANCE - Une "autoroute ferroviaire" traversera la France du nord au sud à partir de début 2007, permettant de transporter des camions sur des trains la nuit sur plus de 1.000 kilomètres entre le Luxembourg et Perpignan, selon le projet lancé lundi par le ministre des Transports.
Cette expérience de ferroutage sur longue distance associe sociétés publiques - la SNCF, RFF, la Caisse des dépôts (CDC), les chemins de fer luxembourgeois - et privées - Autoroutes du sud de la France (ASF) et Modalohr, fabricant alsacien de wagons. Elle prévoit qu'un train, composé de vingt wagons capables de charger 40 semi-remorques, circulera dans chaque sens tous les jours entre 18 heures et 6 heures du matin, à partir de fin mars 2007, au plus tard. Il en coûtera environ 900 euros aux transporteurs routiers par semi-remorque, contre 850 à 1.000 euros pour parcourir la même distance de 1.000 km par la route.
"Les routiers vont pouvoir mettre leurs remorques sur le train sur l'un des axes les plus encombrés. Ce service apporte une réponse au problème de congestion routière et va dans le sens de la défense de l'environnement", a fait valoir Dominique Perben.
Le ministre a aussi demandé d'étudier une autre autoroute ferroviaire entre Hendaye (frontière espagnole), Tours (centre) et la région parisienne. Le co-président de la Fédération de transporteurs routiers TLF, Alain Bréau, a jugé que ce système, déjà éprouvé dans les Alpes, constituait "une alternative à la route pour les longues distances, supérieures à 500 km, et pour les franchissements d'obstacles naturels". "Il ne s'agit pas de faire des économies mais de gagner en commodité d'exploitation à coût à peu près équivalent", a-t-il précisé.
Près de 30.000 remorques devraient ainsi être acheminées chaque année entre les frontières espagnoles et luxembourgeoises. Une »goutte d'eau», a reconnu le directeur général des ASF Jacques Tavernier, précisant que cela représentait 4% du trafic de marchandises sur longue distance en France, qui pèse lui-même 15% du trafic total.
"Ce projet routier avec du matériel ferroviaire n'est pas massif mais permet de tester l'autoroute ferroviaire sur très longue distance sur l'axe Perpignan-Luxembourg, véritable colonne vertébrale où la concurrence avec la route est frontale", a commenté le président de la SNCF Louis Gallois.
D'ici au début 2007, des travaux vont être réalisés par Réseau Ferré de France pour adapter les voies et deux terminaux vont être aménagés à Bettembourg, à quelques kilomètres de Luxembourg, et à Perpignan pour permettre le chargement des camions sur les wagons Modalohr, articulés et surbaissés. L'Agence de financement des infrastructures de transport de France (Afitf) va allouer 30 millions d'euros en 2006 pour ces travaux de mise au gabarit, a indiqué son président Gérard Longuet, et une société d'exploitation privée, baptisée Lorry-Rail et regroupant les ASF, la Caisse des Dépôts (CDC), Modalohr, la SNCF et les chemins de fer luxembourgeois, va investir 30 millions d'euros dans cette "route roulante".
Elle va notamment acquérir 45 wagons Modalohr pour environ 18 millions d'euros, a précisé Jacques Tavernier, directeur général des ASF.
"La société vise l'équilibre économique au bout d'une dizaine d'années, avec un chiffre d'affaires annuel d'environ 5 à 6 millions d'euros", a souligné le directeur général de la CDC, Francis Mayer. "Nous voulons créer le mouvement. Si cette expérience fonctionne, nous multiplierons les fréquences et nous achèterons d'autres wagons", a noté M. Tavernier.

Bientôt une autoroute ferroviaire en France ?