SUISSE - «Sensibilisé par l'Office fédéral des Transports (OFT) et les services de l'Etat, les CFF ont fait marche arrière.» Conseillé Municipal à Lutry, Pierre-Alexandre Schlaeppi se réjouit de voir l'entreprise ferroviaire renoncer à la construction de plusieurs parois antibruit sur sa commune, dans le périmètre protégé de «Sauver Lavaux».
Initialement, les CFF prévoyaient de poser huit kilomètres de murs entre Paudex et Montreux. Cette longueur a rétréci au terme de la période de consultation du projet, qui a suscité une quarantaine d'oppositions le long du tronçon (24 heures du 14 décembre 2006). A Lutry, deux murs de protection phonique, à proximité du tunnel de la Petite Corniche (ligne du Simplon) et à la gare de Bossière (ligne Lausanne-Berne), ne sont plus d'actualité. Seul subsiste le mur prévu à la gare.
«Nous nous sommes aussi opposés au projet de parois aux Moulins, poursuit Pierre-Alexandre Schlaeppi. Il faut savoir que les CFF choisissent les endroits à protéger contre le bruit sur la base de critères standardisés. Outre le bruit, la proximité d'une maison antérieure à 1985 est aussi prise en compte. Les critères esthétiques et la vue échappent, en revanche, à l'ordinateur. Je pense qu'un traitement au cas par cas serait plus judicieux.»
A Cully, les parois projetées, le long de la route cantonale et derrière le port, ont survécu à la mise à l'enquête. «Ici, les riverains jugent ces projets de manière plutôt positive. L'impact paysager est supportable. Contrairement à d'autres endroits, ils ne boucheront pas la vue», relève Jean-François Potterat, syndic.
La candidature de Lavaux au patrimoine mondial de l'UNESCO n'est pas étrangère non plus à la circonspection dont font preuve les CFF dans la région. «Au vu de l'expérience faite à Pully ( lire l'encadré ), nous avons rendu les CFF attentifs à cet aspect patrimonial, assure Davide Demicheli, porte-parole de l'OFT. Nous avons pris connaissance des oppositions et attendons maintenant la position de l'Office fédéral de l'environnement et des services concernés de l'Etat de Vaud. Une évaluation est prévue en février. Celle-ci déterminera si les CFF doivent revoir le projet. A ce moment, nous déciderons s'il faut privilégier la lutte contre le bruit ou les aspects esthétiques.»
En Lavaux en revanche, on est dans l'expectative, à entendre Pierre Monachon, syndic de Rivaz et président de la commission intercommunale de Lavaux: «Pour l'heure, nous n'avons pas formulé d'objection régionale. Mais s'il s'agit d'enfermer les voies CFF dans des espèces de tunnels, nous préférerions alors le bruit.»
Les matériaux choisis lors de la construction des parois auront aussi leur importance. «Nous préconisons le béton, pour sa durabilité, voire le bois», explique Jean-Louis Scherz, chargé de communication aux CFF. «Si c'est du béton, nous opposerons notre veto total, confie Serge Voruz, syndic de Paudex. D'autre part, il ne faut pas être ingénieur pour observer que les trains sont de plus en plus silencieux. Nous sommes presque certains que les parois projetées joueront un rôle de réflecteur et généreront davantage de bruit.»
Sur la voie du consensus?
«Après la mésaventure de Pully, nous avons demandé aux CFF qu'ils s'attellent désormais à suivre la voie du consensus en ce qui concerne la pose de parois antibruit dans cette cité», explique Davide Demicheli, porte-parole de l'Office fédéral des transports. La levée de boucliers suscitée par le projet à Pully (huitante oppositions, dont celle de la commune) a contraint l'ex-régie à revoir complètement sa copie. Elle présentera une deuxième mouture dans les trois mois. «Nous ne sommes pas opposés à ces parois, résume Jean-François Thonney, syndic. Mais uniquement là où cela se justifie.»
A Pully, le projet a provoqué la naissance d'un mouvement d'oppositions de riverains, gravitant autour du chemin des Deux-Ponts et au Coteau. Le consensus ne semble pas acquis. «Nous nous sommes unis contre le projet parce que nous estimons qu'il engendrera des coûts inutiles (diminution du bruit de 5 décibels), mais aussi parce qu'il porte atteinte à notre patrimoine, estime Kurt Bürgin, riverain. Le train ne nous dérange pas plus d'une demi-heure par jour et fait partie de notre paysage depuis longtemps. Ces parois nous priverons, en outre, de la vue sur les coteaux et le lac.»
Aux yeux, d'un opposant du même quartier, la question de la protection des sites et du paysage n'a pas été assez prise en compte: «Pourquoi se réduit-elle à quatre lignes dans le rapport environnemental, alors que la question de la protection des grenouilles le long de la Vuachère fait l'objet d'expertises détaillées sur plusieurs pages dans ce même dossier?»

L’entreprise ferroviaire renonce à la construction de plusieurs murs, à Lutry notamment. Initialement, le projet prévoyait la pose de huit kilomètres de parois, de Paudex à Montreux. Pour les riverains, l'opposition se résume à ceci :"on prèfére devenir sourd que de perdre la vue". Certes, c'es un choix...