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FRANCE / SUISSE - pas contents, les suisses ! quinze millions d'euros (23,1 millions de francs suisses), et pas un rond de plus : c'est ce que consent à payer Paris pour le volet français (1,9 km) de la liaison Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse (CEVA) dont la facture est estimée à 90 millions d'euros (138,7 millions de francs suisses), sans compter les aménagements à réaliser au-delà de la cité frontalière... Les caisses publiques fédérales étant vides, de plus en plus de voix se lèvent donc pour suggérer de faire appel aux fonds frontaliers qui gonflent (+20% en un an, à 120 millions de francs suisses) en même temps que le nombre de pendulaires.
La décision de Paris sur la partie française du CEVA se fait attendre. Promise pour juin, elle a été retardée suite au remaniement du gouvernement et l'arrivée d'un nouveau venu (Dominique Perben) à la tête du Ministère de l'équipement et des transports. On l'attendait pour fin octobre, on n'a toujours rien vu venir. La nouvelle échéance est désormais fixée «avant la fin de l'année».Cette longue attente a été meublée par un travail de lobbying auprès du ministère dont les techniciens privilégiaient un projet minimaliste, deux fois moins cher, mais en surface, solution de nature à couler le projet. Fin octobre, une délégation de l'agglomération annemassienne a été reçue par le directeur de Cabinet de Perben et deux techniciens. Elle a obtenu l'assurance que l'Etat ne s'opposera pas à un tronçon français à double voie en tranchée couverte.
Le financement ? Les interlocuteurs des Haut-Savoyards ont clairement laissé entendre que Paris ne prendra en charge que le tiers de la facture initialement prévue, soit 15 millions d'euros. Pour le solde, aux gens de la région de se débrouiller… Encore faut-il traduire ces «promesses» en décision en bonne et due forme dans les semaines à venir. Mais le risque de voir l'Etat français imposer un projet en surface, voire à une seule voie, est minime: il ne lui coûtera rien de se montrer «généreux» en disant oui à un passage souterrain en deux voies, puisque ce n'est pas lui qui prendra en charge la facture...
Reste donc, et ce n'est pas une mince affaire par les temps qui courent, à trouver quelque 75 millions d'euros. Le département de la Haute-Savoie ? Il a dit non, a priori. Toutefois, comme il n'aura pas à ouvrir sa bourse pour la réalisation de l'autoroute A41 entre Genève et Annecy (850 millions d'euros), on ne manquera pas de le solliciter à nouveau. Itou pour la Région Rhône-Alpes et pour la communauté de communes de l'agglomération annemassienne. On tentera également de grappiller de l'argent à Bruxelles. Mais cela risque fort de ne pas suffire. D'où les suggestions de revoir la clé de répartition des fonds frontaliers (ristourne accordée par Genève sur les impôts payés à la source par les travailleurs résidant en France). Une idée développée, mardi soir à Thonon où le Groupement des industriels du Chablais débattait du CEVA. «On pourrait, par exemple, contracter un emprunt dont les annuités seraient payées par les fonds frontaliers», suggère Pierre Gaudin, coprésident de la Commission ferroviaire du Chablais.
Une fois arrivé à Annemasse, le futur RER régional butera contre une infrastructure ferroviaire obsolète (pas un seul tronçon à deux voies). Bonne nouvelle toutefois: faute de pouvoir investir pour doubler la voie vers Evian afin de permettre de croiser ou de dépasser les nombreux trains (jusqu'à 750 m de longueur) transportant les eaux d'Evian– trois quarts du trafic actuel -, la SNCF a commencé cet été à installer des bornes automatiques lumineuses garantissant une meilleure régulation du trafic. Investissement réalisé: 4,5 millions d'euros. «Ce système, organisé à partir de la gare d'Annemasse, permettra de compenser, à 60%, le désavantage d'avoir une voie unique. Ce sera suffisant, dans un premier temps, pour absorber l'augmentation du trafic liée à la mise en service du CEVA», affirme Pierre Gaudin. De même, la SNCF opère un changement d'aiguillage, permettant de doubler la vitesse des trains (60 km/h) lors de leur entrée en gare.

Le financement de la liaison Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse (CEVA) traine la patte - Paris ne veut participer qu'à hauteur de 15 millions d'Euros pour un projet dont le cout est estimé à 90 millions d'euros... (© photo CFF)










