SUISSE - Après le plombier polonais, voici le contrôleur allemand. Il est jeune, il est Berlinois et c'est peut-être lui qui poinçonnera désormais les
billets du côté de la banlieue de Zurich. Pour pallier la pénurie d'agents de trains sur le réseau RER des bords de la Limmat, les CFF ont en effet été contraints de former et d'engager une
quinzaine de travailleurs germaniques. Et en cherchent une trentaine d'autres, selon le journal dominical Sonntag.ch. Une prospection à l'étranger qui pourrait, selon certains
syndicalistes, se généraliser à l'ensemble du pays.
Dans le RER zurichois, le taux de rotation des contrôleurs atteint 20%. «Il faut dire que le job là-bas n'est pas très attractif, estime Jürg Hurni, président de la sous-fédération du personnel
des trains (ZPV). Ils travaillent le soir, après 21 heures, et les clients dans les banlieues sont souvent difficiles à gérer. Avec un taux d'occupation plafonné à 70% et peu de possibilités
d'avancement, ils ne gagnent pas plus de 4000 francs mensuels.» Soit près de 1000 francs de moins qu'un collègue sur une ligne «normale». Jean-Louis Scherz, porte-parole des CFF, tempère: «Les
recrues allemandes sont engagées aux mêmes conditions que leurs homologues suisses. Cette formation permet d'accéder à d'autres fonctions. Rien ne les empêche plus tard de postuler
ailleurs.»
Et si le cas zurichois faisait école dans d'autres régions? «Philosophiquement, explique Jean-Louis Scherz, rien ne s'oppose à ce que nous formions des Italiens ou des Français. Mais ce problème
de fluctuation ne touche que les chefs de train du RER zurichois. Au plan national, les CFF disposent d'assez de personnel.» Ce n'est pas l'avis de François Gatabin, vice-président du syndicat du
personnel des transports (SEV): «Le sous-effectif est un problème suisse. Nous l'évaluons à 5%. Notre comité directeur se réunira d'ailleurs la semaine prochaine pour réagir à cet engagement de
main-d'oeuvre étrangère.»
«En Suisse romande, analyse Jürg Hurni, les CFF peinent souvent à trouver des contrôleurs. Parfois, entre Genève, Lausanne et Bienne, ce manque d'effectif quotidien peut atteindre jusqu'à 15
personnes. Alors, pourquoi les CFF ne formeraient-ils pas des Français ou des Italiens comme ils ont formé des Allemands?»
Ce manque de personnel suisse serait-il le signe d'une dépréciation de la profession? «C'est certain. Nos salaires ont stagné, nous accumulons les heures supplémentaires et les agressions se
multiplient, poursuit Jürg Hurni. Ajoutez à cela des horaires irréguliers, comment voulez-vous attirer des jeunes en période de haute conjoncture?» Sur le réseau zurichois, certains
collaborateurs accumulent jusqu'à 500 heures supplémentaires. Pour Hervé Cornalin*, contrôleur depuis 35 ans, le dépit guette: «On travaille toujours plus et on est le plus souvent seul. Avec des
clients agressifs, une administration coupée des réalités du terrain et de plus en plus de technologie à maîtriser. Cela ne m'étonne pas qu'il faille désormais aller à l'étranger pour trouver des
gens qui ont envie de travailler dans des conditions pareilles.»

Afin de pallier la pénurie d’agents de trains sur le réseau RER dans la banlieue zurichoise, les CFF ont été contraints de former et d’engager une quinzaine de
travailleurs germaniques... tout fout le camp : même les suisses ne veulent plus faire contrôleurs.






