ITALIE - Côté italien, le projet de tunnel entre Lyon et Turin est toujours à quai. A la trêve olympique a succédé la trêve électorale... Et il n'est pas sûr que les travaux préliminaires à la section italienne de la liaison ferroviaire commencent au lendemain des élections législatives des 9 et 10 avril.
A peine esquissés, les premiers sondages géologiques ont été suspendus en novembre 2005, sous la pression de manifestations, parfois violentes, dans le Val di Susa. Le gouvernement Berlusconi a lancé une "procédure extraordinaire d'évaluation d'impact environnemental".
Les 70 000 habitants de cette petite vallée, déjà parcourue par une autoroute et une voie ferrée à gros trafic, redoutent, notamment, la présence d'amiante et d'uranium dans le sous-sol. Dans leur opposition au projet, les élus locaux sont appuyés par les écologistes et une partie de la gauche, parfois débordés par des groupes altermondialistes et d'extrême gauche qui noyautent les manifestations et font planer la menace d'attentats.
Des analyses, rendues publiques le 22 mars par l'Agence régionale pour la protection de l'environnement du Piémont, ont conclu à l'absence d'amiante sur l'un des sites. "Faire une conférence de presse sur la base d'un seul sondage participe à la désinformation et à la diabolisation d'un mouvement qui recueille un consensus général", s'est insurgé Antonio Ferrentino, président de la Communauté de la basse vallée du Val di Susa.
Des mesures ont été effectuées de longue date par des experts indépendants, à la demande de la société Lyon-Turin Ferroviaire, notamment 8 000 prélèvements pour mesurer la radioactivité. Minimisant les risques, elles n'ont jamais convaincu les opposants.
Quel que soit le prochain gouvernement italien, il devra faire face, dans la région alpine, à une opposition farouche qui dépasse les clivages gauche-droite. Le dossier embarrasse aussi le centre gauche, bien que son leader, Romano Prodi, l'ait déclaré, à plusieurs reprises, "d'importance stratégique".
Le Lyon-Turin est un maillon essentiel du "corridor V", Décidé en 1990 par l'Union européenne pour relier Lisbonne à Kiev. "Les trois quarts de nos exportations passent par là", rappellent les industriels italiens.
Pour les communistes et les Verts, "ce n'est pas un hasard si le TGV Lyon-Turin n'a pas été inscrit parmi les priorités du programme du centre-gauche". La réalisation de cette liaison, indispensable au désenclavement de la péninsule, ne figure pas dans les 182 pages d'un programme de gouvernement publié mi-février. "Nous avons l'intention de le réaliser, mais à l'écoute des populations concernées", a avancé prudemment Piero Fassino, secrétaire des Démocrates de gauche (DS), le principal parti d'opposition.
La concertation sera ardue, car les opposants contestent la légitimité même du projet. Leur contre-proposition est de moderniser la ligne historique du tunnel du Mont-Cenis pour en accroître la capacité. Le temps presse. Si les premiers travaux de reconnaissance ne commencent pas fin 2006-début 2007, les crédits promis par Bruxelles pourraient être attribués à d'autres chantiers. C'est le message que la Commission européenne fait passer, régulièrement, aux Italiens.

Le projet de tunnel entre Lyon et Turin reste sur une voie de garage - les politiciens hésitent face à la contestation que soulève le projet, et Bruxelles en profite pour menacer de retirer ses billes...






