FRANCE - “Le TGV numéro 4258 à destination de Marseille partira quai 2 voie B ” : c’est elle. “ Eloignez-vous de la bordure du quai ”, c’est toujours elle. “ Attention à la fermeture automatique des portes ”, c’est encore elle ! Simone Hérault est la "voix" de la SNCF et elle est Incontournable : depuis les quais où elle s’adresse à vous jusqu’au serveur vocal 3635 et aux lignes internes des services de la SNCF, nul ne peut l’ignorer.
Recrutée sur casting
Deux à trois fois par mois, l’ancienne animatrice de la radio FIP, aujourd’hui quinquagénaire pétillante (et sémillante ?), enregistre des mots, des chiffres, des noms de villes et de gares, et des annonces au ton velouté au Centre audiovisuel de la SNCF à Saint-Ouen. Avec elle, la compagnie ferroviaire tient son identité sonore. “ Au début des années quatre-vingt, la SNCF avait besoin d’élargir sa gamme de voix et elle est venue faire un casting à FIP, explique Simone Hérault. Pourquoi ai-je été choisie ? Il se trouve que la fréquence de ma voix s’avérait particulièrement adaptée à l’environnement des gares. De toute façon, j’ai toujours été une voix... ” C’était le temps de l’analogique : Simone Hérault opère alors en tandem, le travail se répartissant entre “ les annonces d’hiver et les annonces d’été ”. Auparavant, les messages entendus dans les haut-parleurs des gares étaient claironnés par les agents eux-mêmes. Avec plus ou moins de bonheur. Car les cheminots étant soumis à une certaine mobilité au cours de leur carrière, on pouvait entendre un Alsacien annoncer en gare de Marseille le nom de celles de Biarritz ou Chambéry avec un accent plutôt déroutant pour les usagers du cru !
Des milliers de mots prêts à l’emploi
Les années quatre-vingt-dix ont célébré l’avènement du numérique, technologie qui autorise une forme de standardisation des messages. Tous les mots qu’enregistre Simone sont stockés dans des centaines de bases de données. Un logiciel les assemble ensuite pour construire une phrase. Cette technique s’appelle la concaténation. A l’oreille, l’illusion frôle la perfection sur les quais de gare ! Chaque train, par exemple, possède une appellation propre : TGV, TER, Corail, Talgo... Chaque gare, aussi, détient son vocabulaire : les voies y sont désignées par des lettres ou des numéros, les dessertes varient aussi. Bref, les bases de données accueillent des milliers de mots.
Trois intonations différentes pour chaque nom de gare
“ Il existe trois sortes d’annonces, précise Simone Hérault. Le vocabulaire commun de tous les jours, avec les messages du type “Eloignez-vous de la bordure du quai”, le vocabulaire spécifique comme les noms des villes desservies ou des issues (“Sortie avenue Victor-Hugo” par exemple), et le vocabulaire des annonces exceptionnelles qui ont trait à une manifestation particulière comme l’Enduro du Touquet ou la Grande Braderie de Lille ”. Dans le souci du détail, ce n’est pas tout : le nom de chaque gare, par exemple, est enregistré avec trois intonations différentes, une haute, une basse et une plutôt neutre. Le mot est ensuite inséré, avec l’intonation adéquate, selon sa position dans l’annonce. Pour les noms dont la prononciation est particulièrement difficile et aux accents très régionaux, les gares ou les offices de tourisme sont régulièrement contactés pour ne pas heurter les habitudes locales. De même, les numéros de trains font l’objet d’un savant montage. “ Pour annoncer le train 9412, confie Simone Hérault, j’enregistre d’abord le 9000, puis le 400 puis le 12 ”.
Politesse et amabilité
“ Nous avons beaucoup travaillé sur l’amélioration du vocabulaire des annonces qui était parfois trop réservé aux initiés, explique-t-elle encore. Avant, par exemple, le passage d’un objet roulant était annoncé par : “Attention, une circulation approche”. Pour les clients, ce n’était pas toujours bien clair. Nous avons aussi voulu introduire dans nos messages des notions de politesse, d’amabilité, ne serait-ce qu’en ajoutant parfois des s’il vous plaît ”. “ Intermittente ”, puisqu’elle n’intervient qu’à la prestation pour la SNCF, Simone Hérault dit bien aimer “ parler aux gens ”. “ Mes annonces doivent être apaisantes et sécurisantes ”, explique-t-elle. Contractuellement, sa voix est propriété de la SNCF, qui l’exporte dans les aéroports de Bruxelles, du Caire et peut-être demain de Bahrein... En France, ne demeurent aujourd’hui que quelques dizaines de gares qui ne sont pas sonorisées et où les annonces sont encore faites au micro.
Des admirateurs insoupçonnés
Simone Hérault s’amuse beaucoup de son statut de voix publique. Une notoriété anonyme qui lui vaut régulièrement quelques surprises. Un jour de novembre pluvieux, par exemple, un jeune metteur en scène, planté sur un quai de gare, a flashé pour sa voix. L’homme a cherché à la retrouver. Et la voix de Simone est devenue le fil conducteur de son spectacle musical. Même coup de foudre pour l’écrivain Annie Saumon, qui inclut le personnage de Simone dans l’une de ses nouvelles. Voix à la SNCF, à vrai dire, donne une popularité inattendue. “ Récemment, j’ai reçu un message SMS d’une jeune fille de 23 ans qui m’écrivait : Merci pour tout ce que vous faites ! ”
Où l’écouter ?
Dans les gares, me direz vous.... et bien pas seulement. Pour sortir du « train-train » de ses activités à la SNCF, Simone Hérault a fondé il y a trois ans “ Lire Autrement ”, une association culturelle, dont l’activité principale tourne autour des lectures publiques. En compagnie de lecteurs professionnels et de comédiens, elle lit dans les bibliothèques, les musées ou à l’occasion d’événements particuliers comme, en 2004, pour le cinquantième anniversaire de la mort de Colette ou le bicentenaire de la naissance de George Sand. L’association possède déjà un répertoire fourni, d’Alphonse Allais à Jean Tardieu, de Jules Verne à Rimbaud... Alors, fan de Simone ? Contactez son association : http://voix-et-lectures.ifrance.com, ou par téléphone : 06 14 85 67 61
Simone Herault, la célèbre "Voix" off de la SNCF qui à l'art et la manière de vous annoncer un retard en gare comme le prochain départ du TGV pour Paris. En voiture, Simone...