Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
PASSION-TRAINS

REPORTAGE : Les «grands frères» prennent le train à Genève

29 Janvier 2006 , Rédigé par La tribune de Genève Publié dans #REPORTAGE

 SUISSE - Comme tous les matins, un torrent de pendulaires inonde les quais de la gare de Cornavin. Il est 7h45. Le flot de voyageurs-travailleurs en provenance de Lausanne et de La Côte semble intarissable. Sur le quai 1, par contre, c'est l'accalmie.
 
Sur le quai, le régional pour Coppet patiente sagement. A l'intérieur de la rame, Alain, 47 ans, et Ludovic, 24 ans, traversent les wagons de part en part d'un pas alerte. S'arrêtent devant un pendulaire. «Bonjour, merci de ne pas poser les pieds sur la banquette», l'invite Ludovic d'un ton ferme mais poli. Surpris, l'homme en costume-cravate repose prestement ses pieds sur le plancher du wagon. Plus loin, malgré l'heure matinale, un groupe d'ados fume un joint. Rebelote. «Merci d'éteindre ton joint», assène Alain à une jeune fille. Interloquée, elle s'exécute pourtant. «Mais t'es qui, toi ?», lâche-t-elle. Un léger sourire se dessine sous la moustache d'Alain: «Un grand frère...» 
 
Depuis début décembre, les CFF ont décidé d'étendre le principe des «grands frères» sur les lignes régionales du canton. Douze nouveaux grands frères - et deux grandes sœurs - circulent sur les rames de la périphérie genevoise. Ces «médiateurs» empruntent quotidiennement les lignes Cornavin-La Plaine, Cornavin-Pont- Rouge, au Petit-Lancy, et le tronçon régional Genève-Coppet. Leur rôle? Diminuer le vandalisme et les incivilités dans les trains régionaux. Car chaque année, les déprédations coûtent des millions de francs à l'ex-régie fédérale. 
 
L'apparition des grands frères sur Genève n'est pourtant qu'une demi-nouveauté. «En fait, ceux qui travaillent sur Vaud poussaient quelquefois jusqu'à Genève. « Mais nous voulions des Genevois pour sillonner les rames genevoises », explique Medhi Messadi, responsable de formation en prévention urbaine, et expert au Conseil de l'Europe. Initiateur de ce projet grands frères, l'éducateur yverdonnois est employé à plein-temps par les CFF. Il croit mordicus aux effets bénéfiques de cette opération de prévention. «On a constaté une très nette amélioration des rapports sociaux dans les trains, raconte-t-il. Nous n'avons d'ailleurs pas une fonction de gendarmes, mais plutôt de prévention basée sur le dialogue.» Du coup, depuis deux ans que dure ce programme, les grands frères – malgré des situations «assez chaudes» – n'ont pas eu à déplorer d'agression physique. «Les vertus de la parole», selon les Yverdonnois.
 
Habillés en civil, arborant simplement un badge au revers de leur veste, ces grands frères officient tous les jours de 6 h à 14 h, et de 14 h à 22 h. Toujours par deux. Comme Teresa, 39 ans, et Henry, 31 ans. Ce soir-là, ils naviguent entre Genève et Coppet. Le début de soirée est plutôt calme. Dehors, il fait un froid de canard, alors qu'à l'intérieur des wagons le doux ronronnement des rails rivalise avec le silence. «Quelques pieds sur les banquettes», résume Teresa. Ce petit bout de femme ne s'en laisse pas compter. Même si elle vient de commencer, Teresa maîtrise son dossier. «J'aime ce travail, souvent un simple regard permet d'apaiser les tensions qu'on peut percevoir chez l'autre.»
 
La direction des CFF se dit elle aussi pleinement satisfaite du travail de ces médiateurs. Et pour cause. Dans le canton de Vaud, ou les grands frères ont fait leur apparition sur le réseau en 2003, le vandalisme et les incivilités ont «chuté de 40%», selon Jean-Philippe Schmidt, porte-parole des chemins de fer fédéraux. «Le programme grands frères est l'un des piliers de notre stratégie de sûreté qui en compte quatre, poursuit le porte-parole. La police ferroviaire, la vidéo dans les trains, le train de prévention qui accueille des écoliers de toute la Suisse, et les grands frères, donc.»
 
A Genève, le programme a été proposé aux chômeurs en fin de droit. «Ces personnes ont été engagées dans le cadre d'un Emploi Temporaire Cantonal (ETC) de six mois, explique Catherine Pollo, responsable de la communication pour l'OCE. Elles sont donc payées par le canton de Genève, au même titre que toute personne se trouvant en ETC.» Seule différence notable: «les médiateurs travaillent six jours consécutifs et ont ensuite trois jours de repos».
 
 
Les "grands frères" sont de sortie à Lausanne - "faites pas les cons, les jeunes..."

Commenter cet article