SUISSE - Voir en action trois foreuses en même temps, c'est rare, ça vaut la peine d'en profiter», lance le protecteur des CFF d'une voix enthousiaste.
Soit, mais leur installation nocturne, tard vendredi soir juste au-dessus du passage des Grottes, laissait augurer les pires nuisances sonores pour les gens du quartier. Informations aux riverains et excuses anticipées pour «les désagréments engendrés» avaient d'ailleurs été publiées en tous-ménages depuis plusieurs semaines déjà par la direction du projet CEVA.
Précautions inutiles: l'opération coup-de-poing de ce week-end s'est déroulée sur du velours. L'enfer acoustique, que d'aucuns craignaient, n'a pas eu lieu. Une prouesse technique qui prolonge le déplacement réussi de la salle de gymnastique de l'école de Saint-Gervais le 14 février dernier. «Regardez, pas une fenêtre n'est allumée dans les immeubles avoisinants», note le directeur Alain Pirat, à une heure où la ville dort effectivement sur ses deux oreilles.
La prise de travail pourtant est délicate. Trois machines de guerre, acheminées par wagons, attendent d'être débarquées sur les voies. La plate-forme de la nouvelle voie 1 grouille de monde. Les foreurs, arrivés de toute la Suisse romande, prennent leur marque, pendant que les scieurs s'attaquent à la démolition du couronnement du mur sur une quinzaine de mètres derrière l'Ecole des arts appliqués. D'énormes pinces et marteaux hydrauliques croquent et cassent le béton. Rien ne résiste à la précision des machinistes qui se fraient un chemin de gravats dans cet incroyable enchevêtrement de structures existantes. On devine derrière l'écran de poussière l'enseigne du Cinéma Rialto qui s'offre, à l'œil, une séance de nuit impressionnante par son déploiement.
Les équipes se succèdent au générique chaque huit heures. Le temps est compté, minuté presque. Le site doit être libéré ce lundi matin à 5 h au plus tard.
«A six heures, les premiers trains roulent impérativement», martèlent les professionnels de l'horaire respecté. Les chemins de fer seront comblés. «Samedi, en milieu d'après-midi, nous avions déjà six heures d'avance sur le programme établi», commente le chef de service Frédéric Legrand. Un optimisme confirmé le lendemain: les 45 forages sont terminés quand retentissent les cloches de la basilique Notre-Dame.
Les ouvriers commencent à se retirer, en sachant qu'ils auront une nuit de sommeil supplémentaire. «Nous avons utilisé les machines à leur meilleur rendement possible», confirme le contremaître David Cantaloup, six heures de sommeil au compteur et content lui aussi de se débarrasser de son casque et de son baudrier. La prochaine étape sera plus dure: quatre semaines en juillet, jour et nuit, toujours à la gare. Frédéric Legrand profite de l'avance prise pour peaufiner ce planning à venir. Son nom inspire confiance.

L'aménagement de la future voie 1 du CEVA a connu un week-end de travaux «coups-de-poing» aux abords de la gare de Cornavin...