Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
PASSION-TRAINS

REPORTAGE : La «laine de pierre» peine à supplanter les parois ferroviaires antibruit en Suisse

30 Novembre 2006 , Rédigé par 24Heures.ch Publié dans #REPORTAGE

 SUISSE - Un inventeur est quelqu'un qui ne s'accommode pas des menus tracas de l'existence. Passionné de chemins de fer, directeur de banque retraité installé à Leysin depuis trois ans, l'Appenzellois d'origine Fredy Feurer vérifie l'adage. Dans sa serviette, un brevet d'invention décerné par la Confédération en décembre 2000. Le couronnement de longs travaux, menés avec un professeur de l'EPFL aujourd'hui décédé, pour lutter contre les nuisances sonores liées au trafic ferroviaire.

Son intuition: lutter contre le bruit à la source, soit le rail lui-même. Son arme miracle, la laine de pierre. Un produit comparable à la laine de verre, connu comme isolant dans la construction. Ses avantages, selon Fredy Feurer: ce matériau chimiquement neutre est plus solide et résiste mieux aux intempéries. De plus, une grande firme multinationale le commercialise à des prix dérisoires.

«Nous avons proposé d'abord son application entre les voies et sur le ballast extérieur, solution qui permet une absorption du bruit de l'ordre de 70 à 80%», explique Fredy Feurer. Hélas, une ambassade auprès des CFF sur cette base se solde par un échec: «On nous a dit que ce dispositif était un obstacle aux machines d'entretien des voies.»

L'homme développe alors une autre idée : appliquer la laine de pierre sur le relief creux – intérieur et extérieur – du rail. «Selon les tests, l'absorption est de l'ordre de 40 à 50%. C'est toujours plus efficace que les parois, inesthétiques, qui répercutent le son plus qu'elles ne le neutralisent». Des parois appelées à fleurir bientôt sur la ligne du Simplon, entre Lausanne et Bex.

Constat désabusé: «On préfère investir plus d'un milliard dans des parois et du nouveau matériel roulant, plutôt que choisir un procédé simple et économique. La pose est à la portée de n'importe quel manœuvre», se désole Fredy Feurer, qui a dépensé à ce jour plus de 80 000 francs pour faire valoir son invention. Sans perdre totalement espoir toutefois: la technique a convaincu il y a cinq ans une compagnie de chemins de fer de Bâle-Campagne. «Je souhaiterais refaire un test avec une petite compagnie de la région, plutôt que me battre à nouveau avec les CFF».

Un vœu que les Transports publics du Chablais (TPC) sont prêts à exaucer. «S'il s'annonce, cet inventeur ne sera pas débouté», promet le directeur Claude Oreiller, disposé à procéder à un essai sur une centaine de mètres. «Même si nous ne sommes pas confrontés aux mêmes nuisances que les CFF, des plaintes nous parviennent parfois, surtout de stations comme Villars ou Champéry.» Resterait à étudier la question des coûts effectifs.

 

«TROUVETOUT» Fredy Feurer, longtemps voisin d’une voie CFF, a développé son invention sur la base d’un constat: les convois sont moins bruyants sur la neige. La laine de pierre a remplacé les flocons au cours de ses recherches… / CHANTAL DERVEY

Fredy «TROUVETOUT»  Feurer, longtemps voisin d’une voie CFF, a développé son invention sur la base d’un constat : les convois sont moins bruyants sur la neige. La laine de pierre a depuis remplacé les flocons au cours de ses recherches

 

Parois antibruit planifiées de Paudex à Bex

 

Conformément à la Loi fédérale sur la réduction du bruit émis par les chemins de fer, ce ne sont pas moins de cinq kilomètres de parois antibruit qui sont prévues par les CFF sur la ligne du Simplon, entre Paudex et Bex. La procédure de consultation ayant été lancée au début de cette année, les chantiers effectifs devraient s'échelonner entre le début de l'année 2008 et 2010. Rappel des principales mesures dans la région :

 

- MONTREUX Deux kilomètres d'installation prévus au total. Pour ce projet, l'enquête publique court jusqu'au 7 décembre.

- VILLENEUVE Parois d'une longueur de 700 mètres au total, dont 64 m en verre.

- AIGLE Parois d'une longueur totale de 900 mètres, prévues de la sortie de la gare jusqu'au Pont de la Grande Eau, direction Roche. Pour les chantiers d'Aigle et de Villeneuve, le lancement est agendé au début de l'année 2008 au plus tard.

 

Si elle ne se veut pas insensible à d'autres alternatives, la direction des CFF rappelle que cette technique, couplée au renouvellement du matériel, s'appuie sur un savoir-faire européen, cautionné par quelque 200 experts.

Commenter cet article