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PASSION-TRAINS

CARNET DE VOYAGE : « L’Orient quoi ? Ah ! l’Orient-Express... »

28 Juin 2010 , Rédigé par balkans.courriers.info Publié dans #REPORTAGE

Logo-SZ--Serbie-.jpg logo-ciwl.gif SERBIE - Lors de son lancement à la fin du XIXe siècle, l’Orient express était un train dont le luxe émerveillait le monde. À peine plus d’un siècle après, c’est une locomotive et des wagons décatis, au charme désuet, qui transportent les quelques voyageurs qui veulent rejoindre Thessalonique, Sofia ou Istanbul par le rail. Voici le récit d’un voyage en Serbie, entre Belgrade et Dimitrovgrad, à la frontière avec la Bulgarie.

 

« Ah ! Comme ça, vous allez prendre l’Orient-Express », s’exclame Tomislav Nikolijević. D’un rayon de la bibliothèque de son bureau encombré au sous-sol du siège de la Železnice Srbije (ŽS), la Compagnie des chemins de fer de Serbie, l’archiviste extrait un volumineux ouvrage en allemand. « Tout est là-dedans », dit-il en frappant le livre du plat de la main. « Bien sûr, les choses ont changé. C’était une autre époque », ajoute-t-il.

 

En 1883, l’écrivain Edmond About, qui participe au voyage inaugural de l’Orient-Express, décrit les voitures : « trois maisons roulantes, longues de dix-sept mètres et demi, construites en bois de teck et en cristal, chauffées à la vapeur, brillamment éclairées au gaz, largement aérées et aussi confortables qu’un appartement parisien ». La légende du fameux train de luxe qui reliait Paris à Constantinople en 67 heures et 35 minutes a fait long feu. Ce matin d’avril 2010, la gare de Belgrade est à peu près déserte. Point de palace roulant ni de voyageurs élégants et riches. Sur le quai, un couple de touristes sac au dos, une famille de Macédoniens et quelques hommes seuls s’apprêtent à embarquer.

 

7 heures 50. Coup de sifflet du départ. Le train, composé de six vieux wagons décatis et d’une voiture-lits chauffée au charbon, s’ébranle pesamment. « Au mieux, une centaine de passagers font le voyage », estime Dejan, contrôleur sur la ligne Belgrade-Niš. Dejan travaille depuis douze ans à la ŽS. Les billets contrôlés, il propose un café turc qu’il fait dans son compartiment, sur un réchaud à gaz. Il allume une cigarette et s’enfonce dans la profonde banquette de velours râpé. « Les passagers sont surtout des commerçants. À l’époque des sanctions contre la Serbie, ils allaient à Sofia acheter des vêtements à moindre prix qu’ils revendaient sur les marchés. Mais depuis que la Bulgarie a rejoint l’Union européenne, les prix ont augmenté et le trafic a baissé », explique-t-il en sirotant son café.

 

Selon une estimation de la REBIS (Regional Balkans Infrastructure Study) publiée en 2004, 5% des voyageurs serbes prennent le train et 95% la route. 24% d’entre eux usent de l’autocar. Même si un billet de train est environ 30% moins cher, les passagers estiment que l’autocar est plus confortable, plus rapide et plus sûr.

 

Après 50 kilomètres parcourus cahin-caha en une heure et demie, le train prend de la vitesse. Le voilà qui file à du 100 à l’heure à travers la Šumadija, en Serbie centrale. Les trois premières voitures vont à Thessalonique, la quatrième à Sofia, les autres à Istanbul. « La locomotive est suédoise. Elle marche bien, même si elle a besoin d’une liposuccion », rigole un machiniste. En cas de problème, c’est lui qui répare. « Un jour, la loco s’est arrêtée à cause d’un court-circuit. Parmi les voyageurs, il y avait des peintres en bâtiment. Ils ont attaché les fils électriques avec du ruban adhésif. Le moteur s’est remis à tourner », raconte-t-il.

 

Faute d’investissements, le matériel roulant est peu modernisé. La ŽS, gravement endettée, a reconnu que la situation était critique. En mai 2009, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement lui a accordé un prêt de 100 millions d’euros pour l’acquisition de nouvelles locomotives électriques. Elles devraient être opérationnelles en 2011. À moins d’un nouveau scandale de détournements de fonds...

 

« Les véhicules ne datent pas d’hier. Mais au moins, on a le chauffage », blague le machiniste. Dans la voiture de tête, il retrouve ses collègues, des vieux de la vieille, pour s’envoyer une bière. « Avant, il y avait une voiture-restaurant. Mais la canette de 33 centilitres coûtait le prix d’une bouteille de deux litres », raconte-t-il. « Jusque dans les années 1990, on voyageait partout en Europe. On avait une femme à chaque arrêt », fanfaronne un autre. « C’était une profession respectée », se rappelle un troisième. « Mais surtout, les salaires étaient meilleurs. Aujourd’hui, on dépense plus qu’on ne gagne », ajoute-t-il. Tous trois affirment toucher environ 250 euros par mois. Moins que la moyenne nationale.

 

Le train longe la rivière Južna Morava. Des passagers sommeillent allongés sur la banquette de leur compartiment. D’autres se promènent dans le couloir, fument à la fenêtre. En gare de Niš, le convoi se scinde. Une locomotive à moteur diesel tracte les wagons à destination de la Bulgarie. 70% du réseau ferroviaire serbe n’est pas électrifié. Le 4 mai, la banque tchèque d’export-import a octroyé un prêt de 120 millions d’euros à la Serbie pour la rénovation des voies. Le tronçon Niš-Dimitrovgrad, qui côtoie une branche du Corridor X, un axe européen majeur, sera électrifié. Les travaux sont prévus fin 2010. Le train pourra atteindre les 120 kilomètres à l’heure.

 

Entre-temps il avance à vitesse réduite. « L’Orient quoi ? » s’était esclaffé Dejan, le contrôleur. Le rail, en effet, ne fera qu’exaspérer le voyageur pressé. Pourtant, la lenteur n’est pas sans charme. Peu avant la frontière entre la Serbie et la Bulgarie, le train passe par la Sićevačka Klisura, la gorge de Sićevo, un parc naturel à la végétation subméditerranéenne. Les voitures frôlent des chênes centenaires. Chaque fenêtre est le cadre d’un tableau... Il est 13 heures 45. Le train roule vers Sofia. Gare terminus : Sirkeci, Istanbul.

 

 

Qui a dit que prendre le train c'était chiant, dénué de charme et sans intérêt ? surement pas nos globe-trotters balkaniques, et dont le récit ci-dessous ouvre un boulevard à l'imagination, au voyage et à ses imprévus. Ah l'aventure.... c'est l'aventure !

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