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PASSION-TRAINS

ENTREPRISE : Eurotunnel sort de son pré carré

17 Août 2010 , Rédigé par Lefigaro.fr Publié dans #REPORTAGE

LogoEurotunnel t logo europorte EUROTUNNEL - «Eurotunnel est aujourd’hui une entreprise normale.» C’est par ces mots que Jacques Gounon, le président du groupe, a ponctué en 2009 l’assemblée générale du groupe. Fini le scandale des petits porteurs ruinés, finis les problèmes de dette et un groupe trop faible pour faire face au moindre incident d’exploitation. Eurotunnel est aujourd’hui en ordre de marche avec un chiffre d’affaires de 571 millions d’euros en 2009 pour un résultat net de 1,4 million d’euros.

 

Côté trafic, malgré les embûches (crise économique, incendie dans le tunnel en septembre 2008 incidents d’Eurostar à Noël dernier), le groupe reste fidèle à sa feuille de route: retrouver à terme les niveaux de trafic d’avant 1999, année de fermeture du Duty Free et fin de la grande époque des allers-retours sous la Manche à la journée. Le 21 juillet dernier, le groupe a même franchi le cap symbolique des 250 millions de voyageurs à avoir emprunté le tunnel depuis son inauguration en 1994. C’est quatre fois la population de chacun des deux pays reliés par le tunnel.

 

En cinq ans, Jacques Gounon a su faire oublier un des plus grands scandales financiers du XXe siècle. Celui-ci a fait perdre 3 milliards d’euros aux actionnaires du groupe et 5 milliards aux banques. La restructuration drastique qu’il a imposée a permis de maintenir la dette sous la barre des 4 milliards d’euros et d’arriver à une marge d’exploitation de l’ordre de 30%.

 

Débarrassé des pesanteurs de ses débuts laborieux, le groupe se tourne aujourd’hui résolument vers son avenir qui se joue en dehors du tunnel malgré une durée de concession étendue jusqu’en 2086. Dès 2005, Jacques Gounon a demandé au cabinet français LEK une étude sur les possibilités stratégiques du groupe à moyen et long terme. « À l’heure où les gens n’avaient à la bouche que le mot dette d’Eurotunnel, je passais pour un zombie en lançant une revue stratégique, admet Jacques Gounon. Aujourd’hui, force est de constater que certains projets conçus à l’époque ont été réalisés et ont donné une avance certaine au développement du groupe». Cette «Revue d’option stratégique» qui est depuis devenue le fil rouge de la politique du groupe et dont Le Figaro s’est procuré une copie, a souligné très tôt les opportunités liées à la libéralisation du transport de marchandises puis de voyageurs ainsi qu’à la privatisation d’infrastructures.

 

C’est ce qui va être fait. En 2009, Eurotunnel rachète les activités fret de Veolia et devient opérateur privé de fret en France et donc concurrent de la SNCF. En mai dernier, le groupe transforme l’essai avec le rachat de GB Rail Freight. L’entreprise créée il y a tout juste 10 ans est aujourd’hui numéro 3 du fret en Grande-Bretagne et présente un niveau de rentabilité de l’ordre de 10%.

 

Après le fret, les rails: le groupe a officiellement déposé ce mardi sa candidature, au sein d’un consortium, à «High Speed One», la ligne à grande vitesse de 108 kilomètres qui relie la sortie du tunnel sous la manche à la gare de Saint-Pancras, à Londres. Une concession de trente ans, qui pourrait rapporter jusqu’à 1,5 milliard de livres (1,8 milliard d’euros) au gouvernement britannique. Deux autres candidats au moins sont en lice, selon Reuters, qui cite un groupement formé autour de Morgan Stanley et un autre d’intérêts canadiens.

 

Et demain ? Eurotunnel attend beaucoup de la libéralisation du transport international de voyageurs. Eurostar, aujourd’hui seul client, devrait bientôt partager les voies avec Deutsche Bahn. La concurrence devrait également se développer entre Paris et Londres avec l’arrivée probable de Veolia. Les nouveaux arrivants ont un boulevard : Eurotunnel n’utilise actuellement "que" 50% de la capacité de trafic du tunnel. La hausse de trafic promet à terme une baisse des coûts fixes du groupe et donc une hausse de sa rentabilité. Un avenir plus rose qui permet à son président de ne rien s’interdire pour l’avenir, pas même de se lancer dans l’exploitation de TGV.

 

 

 

L’exploitant du tunnel sous la Manche a réglé ses problèmes financiers. Déjà concurrent de la SNCF dans le fret, le groupe pose aujourd'hui sa candidature à l’exploitation d’une ligne à grande vitesse outre-Manche.... en attendant prochainement l'ouverture du tunnel aux ICE de la DB, n'en déplaise aux opposants à la libre concurrence avec Eurostar ! Eurotunnel, la petite boite qui monte, et qui monte....

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