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PASSION-TRAINS

INTERVIEW : «La grande vitesse ne me fait pas peur»

18 Août 2010 , Rédigé par Lefigaro.fr Publié dans #INTERVIEW

LogoEurotunnel t logo europorte EUROTUNNEL - Jacques Gounon, le PDG d'Eurotunnel, revient sur la stratégie de son groupe qui, depuis son arrivée en 2005, a changé de visage. Extraits :

LE FIGARO. - Comment se porte Eurotunnel alors que la crise semble toujours affecter l'industrie du transport?

 

 Jacques GOUNON. - Notre trafic est reparti. Le transport de passagers marche bien et nous ressentons d'ailleurs un regain d'intérêt pour nos navettes Shuttle: elles ­retrouvent les niveaux d'affluence de l'époque du Duty Free où des touristes faisaient l'aller-retour sous la Manche à la journée pour réaliser leurs achats.

 

Pourtant, vous êtes déficitaire au premier semestre 2010

 

Ces pertes sont liées aux 48 millions que nos assureurs auraient dû nous verser à la suite de l'incendie sous le tunnel de septembre 2008. Ces fonds sont pour l'instant bloqués par une action en justice contre nos assureurs d'Eurostar, qui estime être aussi victime du sinistre. Nous avons un pacte de non-agression avec notre client Eurostar depuis le début de l'exploitation du Tunnel. Et, le 18 décembre 2009, quand les trains Eurostar ont bloqué tout le trafic de nos navettes, je ne leur ai pas réclamé pas un sou. Alors quand il attaque nos assurances parce qu'il ne peut rien nous réclamer directement, je ne trouve pas cela correct.

 

Vous semblez avoir en tête de grands projets de diversification pour Eurotunnel.

 

Il ne s'agit pas de diversification mais de développement de nos métiers de base. Nous opérons des navettes ferroviaires sous la Manche: nous nous développons dans le fret ferroviaire, notamment depuis le rachat de Veolia Cargo en décembre 2009 et celui plus récent de Great Britain Railfreight (GBRF). Nous sommes gestionnaire d'infrastructure et nous développons ce métier. Notre dernier projet est la candidature au rachat de High Speed One, la ligne à grande vitesse entre la sortie du tunnel et Londres. Ce projet nous mobilise mais nous ne comptons pas surpayer cette ligne. Dans notre métier, il y a un point mort important de renta­bilité: quand vous surpayez, vous détruisez de la valeur.

 

Sur ce projet justement, de nouveaux investisseurs vous ont rejoint au sein du consortium GB Speedrail. Comment faut-il interpréter cette décision ?

 

En effet, la Caisse des dépôts et consignations et Universities Superannuation Scheme ont manifesté le désir de s'associer à GB Speedrail, nous avons accepté. Ce sont deux institutions prestigieuses, tant la CDC pour la France qu'USS pour la Grande-Bretagne et nous nous réjouissons que toutes ces compétences soient réunies au sein de GB Speedrail.

 

Avez-vous des projets dans la grande vitesse ?

 

 La grande vitesse ne me fait pas peur car nous gérons avec nos navettes plus de passagers qu'Eurostar, mais je n'en vois pas l'intérêt pour Eurotunnel dans les dix ans qui viennent. Mais si, dans dix ans, il n'y a par exemple pas de liaison à grande vitesse entre Londres et Amsterdam alors que la ligne à grande vitesse existe, nous nous lancerons. C'est exactement ce que nous avons fait avec le fret. Il n'y avait pas d'opérateur de fret sous la Manche: nous l'avons fait. Le trafic existant des opérateurs historiques est trop faible parce qu'ils ont d'autres priorités. C'est pourquoi nous nous y engageons.

 

 Quand verra-t-on de nouveaux opérateurs concurrencer Eurostar ?

 

La libéralisation du trafic international de voyageurs ne peut que susciter des candidatures. Celle de la Deutsche Bahn est connue mais l'homologation de leur matériel roulant prend du retard. Le système n'est pas assez réactif et ne tient pas compte de notre expérience. Les structures d'État restent sur des schémas de sécurité conçus il y a 25 ans alors qu'il n'y avait pas de tunnel sous la Manche. Mais quand ces blocages seront dépassés, nous pouvons nous attendre à ce que la libéralisation du transport de voyageurs ait des conséquences importantes pour les passagers et pour nous. Un jour viendra même où nous verrons de nouveaux opérateurs tels que Veolia ou même Virgin face à Eurostar.

 

 

«Notre dernier projet est la candidature au rachat de High Speed One, la ligne à grande vitesse entre la sortie du tunnel et Londres.», confie Jacques Gounon.Infrastructure, fret ferroviaire, grande vitesse....Les projets d'Eurotunnel sont nombreux. Ambitieux, le programme ? pensez vous...

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