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PASSION-TRAINS

INTERVIEW : Pour le patron de la SNCF, "les crises obligent à rester serein"

21 Mai 2011 , Rédigé par Capital.fr Publié dans #INTERVIEW

logo SNCF FRANCE - L’année écoulée n’aura rien épargné à Guil­laume Pepy. Aux grèves de septembre a succédé la neige et son cortège d’incidents. Puis vint la repentance sur le rôle joué par la SNCF dans la déportation de 20.000 juifs durant la dernière guerre. Et, enfin, les vols de cuivre et les sabotages. Guillaume Pepy me­sure les atten­tes des 8,5 millions de passagers qu’il transporte chaque jour. Il sait qu’il suffit d’un grain de sable pour gripper l’énorme machine. Les situations de crise, il connaît ! «La pression est permanente, avoue ce quinqua, qui a passé l’essentiel de sa carrière dans les chemins de fer. Mais elle est à la hauteur du formidable attachement des Français à la SNCF.» Partisan d’un management sans masque, où l’émotion, vraie, appelle l’action, il nous livre quelques-unes de ses recettes pour rester sur les bons rails.

 

Management : Le 26 février dernier, quand un vol de cuivre a causé un important retard dans les Alpes, on vous a vu très en co­­lère devant les caméras. C’est un sentiment courant chez vous ?

 

Guillaume Pepy : Il m’arrive d’avoir des coups de gueule. Je ne les cache pas. Mais ils retombent vite. J’ai choisi d’être un patron qui ne dissimule pas ses émotions : elles font partie de ma personnalité. En l’espèce, j’ai été scandalisé par cet acte de malveillance. Le chassé-croisé des vacances dans la vallée de la Tarentaise est une mécanique de haute précision : plus d’une centaine de trains circulent sur une voie unique dans la journée. Nos équipes s’y préparent des mois à l’avance. Et là, d’un coup, tout leur travail a été anéanti.

 

Management : Au quotidien, qu’est-ce qui vous met le plus en rogne ?

 

Guillaume Pepy : Quand les instructions, les orientations de la direction ne sont pas appliquées. Pendant longtemps, certains ont considéré qu’à la SNCF les décisions du comité exécutif ne constituaient qu’une simple base de travail. Cette inertie propre aux grandes organisations se double parfois d’un autre travers : la minimisation des problèmes au­près de la hiérarchie. «Ce n’est pas si grave», «on ne va pas embêter le chef avec ça»… C’est contre-productif car ça vous éloigne de la réalité. Heureu­se­ment, en dix-huit ans de maison, j’ai pu me constituer des réseaux en interne. Je les utilise pour connaître rapidement la cause et l’éten­due réelle d’un pépin.

 

Management : Vous vous présentez comme un "faux cool". Doit-on en déduire que vous êtes un vrai anxieux ?

 

Guillaume Pepy : Pas anxieux, mais terriblement exigeant avec moi-même. Et impatient. Je suis un boulimique d’action. J’ai de quoi m’occu­per : nous transportons 8,5 millions de passagers par jour en France, en Europe et dans le monde : l’équi­va­lent en un peu plus d’une semaine du trafic annuel d’Air France-KLM ! Les soucis font partie du job. Les grosses crises, comme les accidents – le dernier dans l’Hexagone remonte à quatre ans –, sont heureusement plus rares. Lors­qu’elles surviennent, j’arrête de lire la presse et j’allonge mes séances de footing, pour garder mon calme et évacuer la pression. En tant que patron, les crises graves vous obligent à vous montrer particulièrement serein, à vous dépasser tant la situation peut être complexe.  

 

Les petits secrets de Guillaume Pepy, nouveau président de la SNCF

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