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PASSION-TRAINS

LGV : La ligne Tours-Bordeaux, un projet hors norme

11 Novembre 2010 , Rédigé par Sudouest.com Publié dans #REPORTAGE

Logo-RFF.jpg FRANCE - Il va enfin commencer ! les ingénieurs de Vinci sont dans les starting-blocks. Ils n'attendaient que la signature finale du contrat entre Réseau ferré de France (RFF) et le groupement Lisea constitué autour de Vinci (Axa, Caisse des dépôts) pour lancer les grues, bulldozers et autres engins de chantier sur les 15 secteurs du tracé de la ligne Tours Bordeaux. 15 lots, d'une trentaine de kilomètres chacun, dont les travaux vont démarrer simultanément ou presque, entre le sud de Tours et le nord de Bordeaux, pour un tracé total de 302 km de lignes nouvelle. Les déboisements ont déjà démarré, l'information des territoires au niveau des communes sur le chantier lui-même occupera une bonne partie du printemps. Cinq années de travaux seront au minimum nécessaires pour construire la totalité de l'infrastructure, plus de nombreux mois pour les essais.

 

Fin 2016-début 2017, la gare Saint-Jean de Bordeaux sera accessible par train à grande vitesse en à peine plus de 2 heures depuis la gare Montparnasse, à Paris. 35 ans après la connexion de la gare Lyon-La Part Dieu à la capitale en seulement 2 heures. C'était alors François Mitterrand qui avait inauguré l'arrivée du TGV dans la capitale des Gaules. En revanche, on ne connaît pas le nom du, ou de la, président(e) de la République qui coupera le ruban gare Saint-Jean en 2016 ou 2017. « Le chantier qui s'engage est le plus gros en Europe aujourd'hui », estime Pierre-Denis Coux, patron du projet chez Réseau Ferré de France. Il est aussi original voire hors normes par son montage car il s'agit d'une concession. La plus importante jamais réalisée en Europe.

 

La construction de la ligne Tours Bordeaux représente aujourd'hui un investissement de 7,2 milliards d'euros. Il sera le fruit d'un partenariat public-privé. C'est-à-dire qu'elle sera financée grosso modo pour moitié par Vinci et Réseaux ferrés de France (RFF), et pour l'autre, par l'Etat et les collectivités locales. Et c'est Lisea, une filiale du numéro 1 mondial du BTP, Vinci, lauréat de l'appel à candidatures, qui construira et assurera la maintenance de la ligne pendant 50 ans.

 

Un peu comme une société autoroutière, l'entreprise percevra les péages que la SNCF aujourd'hui, et peut-être d'autres opérateurs demain (Deutsche Bahn…), doivent acquitter désormais en Europe lorsqu'un train utilise une ligne. C'est une première pour un projet ferroviaire en France. RFF a mis grand soin à boucler le dossier d'appel à candidatures auquel les trois majors françaises (Bouygues, Eiffage, Vinci) avaient, seules, répondu. Mais ce n'est pas pour cette raison que ce projet stratégique pour le désenclavement du Sud-Ouest, pourtant évoqué depuis des lustres, a mis tout ce temps à se concrétiser

 

La première explication est autant géographique que politique. Ce n'est qu'en 1998 que le projet est véritablement lancé. Longtemps la Région Poitou-Charentes s'est montrée réticente. Plus proche de Paris, elle ne profite qu'assez peu de l'accélération ferroviaire. Elle a même longtemps considéré que les inconvénients d'être traversée par la LGV l'emportaient sur les avantages d'être desservie. Mais la ligne est bien un maillon de la liaison Sud Europe en direction de Madrid. Alain Juppé et Alain Rousset entraînent alors Jean- Pierre Raffarin, devenu Premier Ministre. C'est finalement à Poitiers, en 2003, que le projet est politiquement endossé sur toute la ligne. La deuxième raison de la longue maturation du projet est le nombre de collectivités locales sollicitées pour son financement. Car il est bien fini le temps où l'État (via le budget de la nation) et la SNCF (en s'endettant) pouvaient assumer seuls des investissements de cette envergure. Les collectivités locales vont ainsi contribuer au projet à hauteur de 1,7 milliard d'euros, soit la moitié de la part publique.

 

Et puisque Toulouse et Bayonne profiteront elles aussi du rapprochement entre Bordeaux Paris, les principales collectivités locales à l'est de Bordeaux, (Lot et Garonne, Tarn et Garonne, Conseil régional de Midi-Pyrénées,…) ainsi que celles au sud (Landes, Pyrénées Atlantiques, Agglomération de Bayonne-Anglet-Biarritz) ont aussi mis la main à la poche, tout comme la Gironde, la Région Aquitaine et les principales collectivités de Poitou-Charentes, elles-mêmes directement concernées par cette première phase du déploiement du TGV dans le Sud-Ouest de la France.

 

La mise au point de la convention financière réunissant les 57 collectivités locales a été interminable. Il a fallu que le Ministre des transports nomme un médiateur. Chacun a légitimement négocié et obtenu, ici des protections phoniques, là des compensations routières, ailleurs des engagements de phasage de travaux au-delà de Bordeaux. On verra si l'État, Vinci ou RFF seront en mesure, demain, d'honorer ces engagements. La signature du contrat de concession était à ce prix. Le chantier va pouvoir commencer.

 

 

La construction de la ligne Tours-Bordeaux démarrera en 2011. Elle inaugure déjà, par son mode de financement public privé, une nouvelle génération de grandes infrastructures. La première d'une longue série ?

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