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PASSION-TRAINS

LGV : Les archéologues passent avant les trains

22 Novembre 2010 , Rédigé par charentelibre.fr Publié dans #REPORTAGE

Logo-RFF.jpg FRANCE - Un site augustéen (du début de l'Antiquité) à Roullet. Cent cinquante tombes mérovingiennes sur un site gardé jalousement secret ailleurs en Charente. Pas question d'éveiller la tentation des pilleurs. Les fouilles archéologiques préventives en cours depuis un an sur le tracé de la future ligne à grande vitesse (LGV), c'est une chasse aux trésors qui révèle régulièrement de vraies pépites.

 

À Roullet, trois enclos sont en cours d'examen approfondi. Sur l'ensemble du tracé, pour l'instant, ce sont une dizaine de fouilles complémentaires qui sont envisagées. «La Charente est globalement riche, mais c'est très inégal», affirme Jérôme Primault, coordinateur pour le ministère de la Culture.

 

En ce moment, c'est à Saint-Vallier, dans le Sud-Charente, que l'imposante pelle mécanique grignote le terrain gorgé d'eau avec de surprenantes précautions. Le conducteur de l'engin décrypte, rien qu'à l'oreille, dans quel type de sol il creuse, fine couche après fine couche. Il travaille sous l'oeil d'une équipe d'archéologues de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), à pied d'oeuvre dans la commune de Saint-Vallier dans le cadre des fouilles effectuées tout au long du tracé de la future LGV. «C'est qu'ici, on n'est pas dans les travaux publics !», s'amuse un technicien qui surveille attentivement l'aspect de la terre décapée.

 

Depuis plus d'un an maintenant, les archéologues sont au travail en Charente. Une phase de diagnostic obligatoire pour tout chantier d'importance. «On essaie de repérer tous les indices d'une activité humaine. Des silex, des poteries, des objets en fer ou des structures de l'Antiquité, raconte David Brunie, responsable d'opération de l'Inrap, qui pilote actuellement les deux équipes de Saint-Vallier. Notre objectif, c'est de sonder le terrain jusqu'à ce qu'on soit sûr que cette portion ne peut pas contenir de vestiges.»

 

Le balayage du terrain se fait de façon très méthodique. «On découpe le tronçon en phases de 30 à 60 hectares, avec cinq agents de l'Inrap et deux pelles mécaniques», explique Isabelle Kerouanton, chargée de mission scientifique. De 5 à 10% du terrain sont ainsi explorés, soit 2 000 hectares sur l'ensemble du tracé. Les tranchées sont ouvertes sur 2 mètres de large et 1 mètre de profondeur.

 

Un agent recense les indices mis au jour et dessine des croquis sur un petit calepin au fur et à mesure. «Si on trouve quelque chose, on arrête la pelle, on analyse ce que c'est et de quand ça date», poursuit l'archéologue. Et on envoie les pièces en laboratoire afin qu'elles soient étudiées et soustraites à la convoitise des pilleurs. Jérôme Primault considère ces derniers comme une vraie plaie. «On a déjà déposé deux plaintes dans la Vienne, dont une sur une zone où il y avait des vestiges de métallurgie antique. Le temps d'un week-end, il n'y avait plus rien. Ils avaient tout passé au détecteur de métaux. Je dois faire très attention. Je suis régulièrement pisté par des chercheurs clandestins.»

 

Une fois la tranchée inspectée à la loupe, on la rebouche et on va creuser plus loin. «Les rapports de diagnostic sont remis aux services de l'État qui les dépouillent et qui décident de la suite, en fonction de ce qui a été trouvé. Si c'est intéressant, ils décident de prescrire des fouilles complémentaires», résume David Brunie. Dans ce cas, c'est la totalité du site qui est exploré, soit par l'Inrap, soit par des sociétés privées.

 

À Saint-Vallier, pour l'instant, les archéologues n'ont rigoureusement rien trouvé. «Ce qui n'est absolument pas décevant, affirme David Brunie. On sait qu'ici, il n'y a eu aucune activité humaine.» Une information en soi, ou plutôt une confirmation. Car les équipes ont déjà des indices, à travers une base de données qui recense l'ensemble des découvertes faites sur tout le territoire français, du tesson de poterie à la villa gallo-romaine. Là où on n'a jamais rien trouvé, peu de chances de faire une découverte majeure. «Même si, s'amuse Jérôme Primault, les fouilles en cours se font sur des sites où on n'avait jamais rien repéré!»

 

Isabelle Kerouanton, chargée de mission scientifique pour la LGV Sud-Europe Atlantique, travaille avec une équipe d'une dizaine de personnes de l'Inrap, dans des bureaux provisoires installés à L'Isle-d'Espagnac, dans la zone industrielle n°3, pour toute la durée des fouilles sur l'ensemble du tracé. C'est ici que sont moulinées toutes les données collectées sur le terrain. C'est ici aussi que sont transportés, pour y être analysés, tous les vestiges extraits du sol. Cette base est ouverte depuis le mois de janvier dernier, trois mois après l'arrivée des premiers archéologues sur le terrain. Elle ne fermera qu'à la fin des fouilles, sans doute pas avant fin 2012.

 

 

Depuis plus d'un an, des archéologues sont à pied d'oeuvre sur le tracé de la ligne à grande vitesse en Charente. Ils fouillent méthodiquement le sol, à la recherche de vestiges de l'activité humaine... et mettent parfois à jour de véritables petits trésors du passé. Question patrimoine, ça serait vraiment dommage de tout bousiller...

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