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PASSION-TRAINS

STRATEGIE : Pourquoi les CFF achètent des trains au lieu de bâtir des lignes

31 Mai 2010 , Rédigé par 24heures.ch Publié dans #REAGISSEZ !

logo-sbb.gif SUISSE - Investir dans les rails ou dans les trains? Les CFF ont clairement penché pour le second terme de l’alternative en annonçant à mi-mai la commande de 59 trains à deux étages au groupe Bombardier. Alors que la France, l’Allemagne, l’Italie bâtissent des lignes à grande vitesse, la Suisse continue à investir dans des trains modernes, certes, mais qui n’autorisent que des gains de temps très limités.

 

Les rames Bombardier sont facturées 1,9 milliard de francs suisses et permettront de gagner dix minutes entre Lausanne et Berne. A l’inverse, une rénovation en profondeur de cette ligne aurait coûté sensiblement le même montant pour un gain de temps équivalent dont bénéficieraient alors tous les trains. Lorsque l’on sait que le matériel roulant est payé intégralement par les CFF alors que les travaux d’infrastructure sont à la charge de la Confédération, on peut légitimement se demander si la décision n’a pas été dictée au final par la volonté de soulager les caisses fédérales. Un pas que les acteurs du dossier se refusent pourtant à franchir. saluant au contraire le choix des CFF.

 

«Je n’en pense que du bien», indique Michel Béguelin. L’ancien parlementaire et cheminot pose les données de l’équation: les CFF doivent faire face à une forte augmentation du trafic qui appelle une réponse rapide. «Le délai de réalisation est un critère important. Or, la construction d’une ligne prend de dix à quinze ans, alors que de nouveaux trains peuvent être livrés en quatre ans.» Et de rappeler que la ligne rapide Mattstetten-Rothrist, entre Berne et Olten, s’était heurtée à 40 000 oppositions: «Une opposition au mètre.»

 

Porte-parole de l’Office fédéral des transports, Gregor Saladin rappelle la genèse du projet: «Le développement futur de l’infrastructure ferroviaire (ZEB) était doté de 5 milliards de francs suisses pour financer divers projets, dont la réduction du temps de parcours entre Lausanne et Berne à moins d’une heure.» L’un des scénarios privilégiait l’utilisation de trains pendulaires ICN semblables à ceux déjà en service sur le pied du Jura. Mais la croissance du nombre de voyageurs a rapidement imposé un recours à des trains à deux niveaux. Or les Intercity à deux étages existants n’auraient pas permis d’atteindre le gain de temps visé, même avec les corrections de courbes prévues dans le programme ZEB.

 

Finalement, l’OFT et les CFF ont coupé la poire en deux. La Confédération injecte 1 milliard de francs suisses pour l’amélioration de la ligne Lausanne-Berne et les CFF investissent 1,9 milliard dans les rames Bombardier dotées d’un système de compensation de l’inclinaison en courbe. L’un dans l’autre, le temps de parcours de moins d’une heure devrait être tenu. Dans leur communiqué, les CFF ont indiqué que le système de compensation du dévers proposé par Bombardier permet de «renoncer à des travaux d’infrastructure chiffrés à plus de 1 milliard de francs». «Ce chiffre est un argument des CFF, relativise Florence Pictet à l’OFT. «Il n’a jamais été question d’aller au-delà du milliard initialement prévu dans le ZEB», renchérit son collègue Gregor Saladin.

 

Un milliard virtuel économisé sur l’infrastructure, soit, mais à quel prix? «Un peu moins de 100 millions de francs suisses», répond le porte-parole des CFF, Frédéric Revaz. Ce montant représente le coût du système de compensation du dévers pour les 59 rames. Ce dispositif entraîne donc un surcoût très modéré, alors que les CFF doivent de toute façon investir massivement dans le renouvellement de leur matériel grandes lignes, qui est parfois âgé de plus de 40 ans.

 

Au final, la voie suivie par la Suisse – investir dans des trains plus rapides – est la plus rationnelle «dans un pays à la topographie tourmentée et très densément peuplé», conclut Michel Béguelin.

 

 

Alors que les pays voisins construisent des lignes à grande vitesse, les CFF font cavalier seul en achetant des trains rapides à deux étages. Voie de garage ou réponse originale dans un contexte particulier ? donnez votre avis en réagissant à cet article !

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