FRANCE / SUISSE - On connaissait la voix suave de
Simone, qui retentit depuis vingt-cinq ans dans les gares SNCF. Aujourd'hui, Simone a un concurrent: Jean Dupont. C'est le nom, plutôt passe-partout, que s'attribuent souvent les commandants de
bord des TGV Lyria circulant entre la Suisse et la France. A peine assis, l'usager est accueilli par une voix virtuelle lui annonçant que «le chef de bord Jean Dupont souhaite la bienvenue à bord
aux passagers». C'est le même Jean Dupont qui avertira plus tard si le train est arrêté en pleine voie. Le tout dans un français, un anglais et un allemand impeccables.
Pour ceux qui en douteraient encore, Jean Dupont n'existe pas. «Nous ne l'avons pas exactement inventé, précise Christian Rossi, directeur général de TGV Lyria, filiale de la SNCF et des CFF. En
réalité, nous utilisons un logiciel text-to-speech qui traduit oralement, en trois langues, n'importe quel texte. Le chef de bord n'a donc plus d'annonces à faire, tout est préenregistré. Il se
contente de choisir sur l'ordinateur du train le nom qu'il souhaite utiliser pour les annonces. Il peut utiliser son vrai nom, ou bien un nom fictif comme Jean Dupont.» Pourquoi un contrôleur
refuserait-il de donner sa véritable identité? «Je l'ignore. Peut-être parce qu'il redoute de se faire agresser.»
Soit. Mais de là à utiliser une fausse identité... Pour certains, le procédé frise le ridicule. «Il serait bien plus logique d'entendre des annonces disant que la société Lyria est heureuse
d'accueillir les voyageurs, observe Régis Bergounhou, secrétaire général de la Fédération française des usagers des transports. Inventer un prénom et un nom, ça n'apporte rien et,
personnellement, je trouve cela idiot. C'est totalement artificiel et dépersonnalisant.» Simone Hérault, qui a prêté sa voix pour toutes les annonces diffusées dans les gares SNCF, reconnaît
elle-même que le procédé est étrange. «L'utilisation d'une voix de synthèse n'est pas choquante en elle-même. Mais ce n'est peut-être pas très adroit de donner un nom fictif au commandant de
bord.»
Le directeur général de Lyria, lui, n'est pas de cet avis. «Donner un nom à la voix virtuelle qui accompagne les passagers pendant quatre heures, c'est une manière de lui donner un côté un peu
plus personnel, un peu plus humain. D'ailleurs, les passagers sont loin de tous se douter que Jean Dupont est un nom fictif.»
Qu'en pensent les passagers eux-mêmes? La plupart font observer qu'ils ne sont pas dupes et qu'ils se doutent bien que Jean Dupont n'existe pas. Mais cela n'empêche pas certains de trouver le
procédé rusé: «Cela peut tout à fait contribuer à humaniser la rame et à fidéliser le passager, note André Piérard, 65 ans. A mon avis, la plupart des usagers ne se doutent pas que Jean Dupont
n'existe pas. Ils se disent que ce Jean Dupont peut s'occuper d'eux s'il y a un pépin. Cela les rassure!» Catherine Henchoz, 34 ans, est plus réservée: «Je ne vois pas ce que cela apporte de plus
d'inventer une identité au contrôleur en chef! De toute façon, on n'écoute même pas les annonces dans le train...»

Scoop : Le mystérieux chef de bord censé commander les TGV entre la France et la Suisse... est en réalité un fantôme. Voilà
qui va en donner la chair de poule à plus d'un...
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